Après l’éblouissant Shara, présenté à Cannes en 2003, Naomi Kawase s’est repliée sur la forme courte et documentaire, là où elle avait commencé, en réalisant l’affolant Birth / Mother, où en moins de 45 minutes elle parvient à vider son sac face à sa grand-mère, se filmer en train d’accoucher (caméra en main), et terminer par la mort de la grand-mère. Quatre ans plus tard, retour à Cannes, en 2007, avec La Forêt de Mogari, qui a obtenu la récompense (un Grand Prix) que Shara n’avait curieusement pas reçue à son heure. Le frémissement de ces retrouvailles est à l’unisson des tremblements de la caméra, cette manière habituelle d’être portée sur l’épaule émue d’un cadreur en hésitante lévitation.

On est, décidément, en terrain connu, d’autant que l’intrigue réunit deux personnages frappés chacun par un deuil – Shigeki, un vieil homme vivant dans une maison de retraite, et Machiko, son aide soignante. L’une a perdu un enfant, l’autre sa femme, et tous deux ignorent la douleur de l’autre. C’est dans la forêt de Mogari que le fantasque papy et la douce infirmière vont expurger, ensemble, leur douleur. On retrouve la chaleur souple et pulsée de la mise en scène de Kawase, cette légèreté cling-cling et ce petit vent frais qui aère chaque recoin de l’image, et pourtant quelque chose empêche de se livrer, avec les personnages, au torrent de l’émotion. Ce quelque chose, c’est l’appétit de solennité, de rituel, qui semble ici requérir entièrement la cinéaste au fur et à mesure qu’avance le film et que l’on s’enfonce dans la forêt. Quand la pluie (encore) fait gonfler un ruisseau qui déborde et se transforme en petit monstre fluvial, la scène est belle, mais on a compris. Kawase sait ouvrir les vannes, mais pas les refermer.

A la fin, une cérémonie achève, à tous les sens du terme, l’expédition forestière, tandis qu’un hélicoptère vrombit haut dans le ciel – on a bien bien compris là, et la scène semble trop calculée. Cette pente solennelle, et le côté gender studies de la cinéaste, emmène Kawase vers un cagibi émotionnel où elle risque d’étouffer. Qu’elle s’en garde, d’autant que son talent la porte naturellement vers le grand jour, quelque chose de plus trivial et lumineux, où elle sait si bien briller.

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