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3
sur 5

Alain (Pascal Greggory) est un éternel irrésolu. A près de quarante ans, il aimerait pourtant pouvoir faire des choix. Rien de plus difficile, car Alain séduit et est séduit de toutes parts. Entre Christophe (Cyrille Thouvenin, minet tête à claques) qui le harcèle, Babette (Julie Gayet) qui l’attire, ses fantasmes pour un jeune détenu (Vincent Martinez) et son désir d’épouser son associée (Nathalie Richard), l’avocat ne sait plus où donner de la tête. Mais au lieu de couper court aux envies superflues, Alain préfère plonger sans filet dans cette confusion des sens…

Le second film d’Ilan Duran Cohen (après Lola Zipper, passé inaperçu lors de sa sortie en 1991) a de quoi agacer. Marivaudage dans l’air du temps sur les déconvenues de la pluralité sexuelle, La Confusion des genres s’amuse de la désinvolture amoureuse de son héros à l’aide d’une écriture qui tend souvent vers la coquetterie. Répliques cinglantes, bons mots à gogo, limpidité des dialogues : Ilan Duran Cohen est romancier, et le sait un peu trop. C’est ce qui fait la limite de son film, mais aussi son atout majeur car, si superficiel soit-il, le texte peut aussi charmer par ses pirouettes habiles et sa légèreté grisante. Il faut dire que le cinéaste a su s’entourer pour l’occasion de comédiens brillants, particulièrement à l’aise dans des registres très divers. Du cynisme désabusé ou dépressif (Bulle Ogier et Nelly Borgeaud, hilarantes en mères dépassées par les événements) à la fragilité exacerbée (Nathalie Richard et Julie Gayet, qui n’a jamais semblé aussi convaincante) en passant par le pur magnétisme (Vincent Martinez), la palette de jeu proposée s’avère suffisamment riche pour que chacun y trouve son compte. Sans parler de la prestation de Pascal Greggory, qui mène son petit monde en bateau tout en gardant un visage innocent, entraîné via ses pulsions dans les imbroglios les plus cocasses. Divertimento à l’ancienne construit sur les maux de la société contemporaine, La Confusion des genres vaut donc pour ce qu’il procure de plaisir immédiat. Et s’il est inutile de chercher plus loin, rares sont les comédies françaises qui peuvent se targuer d’une telle efficacité.