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sur 5

Pour dire ce qu’elle a à dire, Anne-Marie Miéville a trouvé une forme ; une forme ouverte entre l’essai et le poème, une forme dictée par l’économie des moyens, certes, mais surtout par l’assurance que ce « peu » fera le mieux, que l’impact marque mieux quand la cible est précisément définie, et que l’on tombera dans le mille, à condition que les limites du champ d’action soient tracées avec minutie et préparation. Pourquoi ce rejet de l’inutile et du superflu ? Pourquoi les échanges entre les personnages ou la voix off sont si densément savants, souvent empruntés à la voix de quelques grands penseurs comme Pessoa ou Leopardi ? Pourquoi les plans du film donnent tellement le sentiment de s’inscrire dans un projet d’ensemble et ne jamais être là au hasard ?

C’est que la forme trouvée par Anne-Marie Miéville est d’abord une « méthode » où il entre, pour ceux qui voient et écoutent, une forme de respect de plus en plus rare au cinéma ; méthode dans le sens de « marche à suivre pour l’esprit en quête de vérité », dans le sens de « discours pratique à l’adresse de ceux qui manquent d’organisation ». Or, la réalisatrice sait bien que pour être compris il faut aller au but. Après la réconciliation marque autant par la richesse des idées qui s’y expriment que par sa totale lisibilité. Il y a dans les films d’Anne-Marie Miéville -et dans celui-ci en particulier- une générosité du savoir, une pédagogie subtile qui prend comme objet de transmission ce que chacun a de plus intime : sa solitude, son amour, ses liens au monde… et l’incarne dans une suite de situations. Le projet est simple en apparence : faire le tour d’une question -au sens physique autant que mental- avec chaque personnage avant de fixer un terme au débat.

Le sujet questionné par Après la réconciliation fut très présent au cœur des années 1970. C’est la fameuse « prise de parole ». On ne parle plus de la prise de parole aujourd’hui, sans doute rassuré par les promesses mensongères du « tout-communicationnel ». Or, c’est un grand sujet qui rapproche le politique et l’intime. Il était déjà au centre de La Maman et la putain : « parler toujours ou ne jamais parler, c’est la même chose » disait à peu près Alexandre dans le film d’Eustache, où l’on parlait beaucoup. Dans le film d’Anne-Marie Miéville, chaque personnage a un rapport particulier à la parole : parole-séduction, parole-libération, parole-désillusion, parole-sagesse. Les quatre échangent et de leurs conversations, on tire la leçon de ce qu’est la parole, sa puissance, ses manques. Les situations qui mettent en scène les personnages sont souvent d’une grande drôlerie et le jeu des acteurs -tous remarquables-, qui sait user du décalage entre les propos sophistiqués et les situations plus triviales, procure un des grands bonheurs de spectateur de cette fin d’année.