De Christoph Hochhaüsler, on se souvient du Bois lacté, sorti l’année dernière, en particulier d’une ahurissante première partie qui voyait rejouer le conte Hansel et Gretel avec un sens inné de la cruauté enfantine, dans lequel les enfants étaient à la fois des monstres et des innocents perdus dans un monde dur et anesthésié. Le second long métrage de Hochhaüsler, L’Imposteur (dont le titre exact en allemand signifie « faux imposteur ») confirme cet attachement à des êtres coincés au milieu de l’univers gris et programmatique des adultes. Ici en l’occurrence, un adolescent taciturne et velléitaire qui, un soir, sur l’autoroute, découvre un accident de voiture et emmène avec lui un morceau de la voiture. Découvrant très vite qu’il s’agit d’une sommité, le jeune garçon va envoyer des lettres anonymes, se dénonçant comme l’auteur d’un sabotage.

Si on retrouve l’univers dévitalisé et neurasthéniques de la plupart des films de cette nouvelle vague allemande dont fait partie Hochhaüsler, on le sent tenté par quelque chose de plus secret, qui à moins à voir avec la description réaliste d’un univers dépressif, qu’avec une sorte d’enchantement morbide, dans la droite ligne de son précédent film. Echapper au programme (ses parents, ses frères qui le pressent de chercher un emploi), à la ligne droite, à l’angoisse de ne pas trouver sa place dans une grande organisation normative, tel pourrait être l’enjeu du personnage dont la force d’inertie est une forme intuitive de résistance. Ici les puissances du faux sont aussi les puissances du rêve (la très belle séquence nocturne qui ouvre le film), par opposition au mensonge réaliste et concentrationnaire dans lequel vivent ses parents. Il y a chez le cinéaste comme chez son personnage une tentation du dérapage, de l’accident, de la bizarrerie qui vient caresser les rivages de cinéastes comme Lynch ou Cronenberg, même si le réalisateur reste encore assez sage, ne décollant jamais vraiment de la gangue réaliste.

Mais c’est paradoxalement cet empêchement qui fait aussi la valeur du film. Quelque chose sourd qui ne dit pas son nom, qui est comme la possibilité d’une échappée (l’érotisme des motards en blouson de cuir) que la trivialité presque obscène vient sans cesse anéantir. Le plus aliéné n’est évidemment pas celui qu’on croit. Evidence presque trop limpide. Mais on sent déjà la marque d’un véritable cinéaste en devenir, dont le sens du secret, la manière de laisser flotter à la surface des choses la fine membrane d’un univers indistinct et magique. Rien que pour ça, L’Imposteur reste durablement gravé dans la mémoire.

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