Belge glaçon, film moitié muet, moitié esquimau, premier essai de cinéma pour un duo scénique d’outre-Quiévrain rejoint pour l’occasion par un habitué des plateaux. Introduit par une Esquimaude (Lucy Tulugarjuk de son joli nom), le film impose tout de suite son chemin, qui le mène à recevoir deux adjectifs/compliments, d’un côté burlesque, de l’autre poétique. Méfiance alors, ces deux termes si beaux mais si fragiles on sait bien qu’il ne faut pas les chercher. Les chercher c’est tricher. Les trouver, in fine, c’est rare et heureux. Enfin quoi, L’Iceberg suit son bonhomme de chemin. D’abord Fiona se fait enfermer par mégarde toute une nuit dans la chambre froide du fast-food qu’elle manage. Elle en sort au petit matin transformée, prise d’une irrépressible envie d’aller au nord, toucher les glaçons, caresser les icebergs. Fiona quitte mari maigrichon et enfants disciplinés, direction le pôle et en chemin elle rencontre un marin chevelu autant que sourd, autant que muet, qui l’emmène -tandis que le mari suit, poursuit, court.

Burlesque glaglagla : personnages gringalets et taiseux, qu’on dirait pareils à des toutous sortant du bain, et dont les gestes semblent empruntés à la secrétaire de Plastac, l’usine de Mr Arpel. Tati nous y voilà, on sent bien que les auteurs-réalisateurs vénèrent autant le réalisateur de Playtime que le slapstick, et que leur film tente l’anachronisme de se ranger dans cette catégorie-là. Importée du théâtre, recasée dans des plans fixes, leur pratique du gag est parfaitement convaincante – ou plutôt elle est sans faute, sans tache. Elle est compressée au format cinéma, input / output, et forcément quelque chose cloche dans le transfert.

Un film belge, un film burlesque à l’ancienne, vieillot, silent movie qui se moque des modes et où l’art du gag est l’objet de toutes les attentions, c’est trop rare pour n’être pas félicité, direz-vous. Certes, mais c’est aussi l’immédiate limite que le film pose et se pose : cette congélation du burlesque dans des cadres exclusivement fixes. Un plan fixe, un gag. Raccord. Un autre plan fixe, un autre gag. C’est du cinéma Findus qui ressemble trop à une photo de berger allemand dans un cadre marron suspendu à côté de la pendule, chez Mémé. Les réalisateurs respectent trop le genre burlesque, le figent ? Ce n’est pas très grave, d’accord (quoique : un tantinet rance). La faiblesse la plus directement palpable, c’est juste que L’Iceberg a tout dit une fois exposé son système, et se contente de dérouler la série de ses trouvailles. C’est juste se tromper sur ce que demande le cinéma, quand on l’approche : non ce respect, ce préjugé qui veut que pour faire sérieux, pour faire cinéma, il faut en passer par une certaine ascèse formelle. Que le cinéma demande rétribution à qui l’approche, péage qui se monnaie en grammaire de forme dure, non tordue.

Article précédentCarmen
Prochain articleJean-Philippe Viret – L’Indicible