John John a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en mai 2007, sous son titre original, Foster child. Mendoza filme, le plus souvent en temps réel, en caméra portée, des scènes du quotidien dans un bidonville. Les dialogues, s’ils ont été écrits, ne sont pas scénarisés. C’est au spectateur de glaner et de hiérarchiser ce qui est dit et ce qu’il voit, et de comprendre par recoupement que le film raconte une histoire. Dans un bidonville de Manille, Thelma, une mère de famille (Cherry Pie Picache), s’occupe d’un enfant de trois ans qui n’est pas le sien et qu’elle chérit particulièrement (Kier Segundo). Elle est la meilleure des mères provisoires (« foster mothers ») auxquelles les services sociaux ont recours avant l’adoption officielle.

Il faut de la patience pour accepter l’épreuve du temps réel, puisque le regard n’est pas orienté, et que l’hébétude menace à la vue de ces plans filmés sans qu’aucune plénitude, beauté ou fièvre du hasard, n’en justifient la longueur ou l’instabilité. On peut, pendant tout ce temps, reprocher à Mendoza sa complaisance à ne pas faire le tri parmi ce qu’il montre, hébété qu’on devient face au moindre agencement d’un deux-pièces pauvre, au moindre geste sur un enfant qu’on lave. On peut même se demander si ne l’ont pas encouragé à négliger l’économie narrative des films qu’on a qualifiés à tort ou à raison de post-straubiens, présentés lors de festivals internationaux, où le jeune cinéma d’Asie du Sud-Est (Philippines, Malaisie, Indonésie) doit sa fortune à une confusion entre récit, essai et documentaire. Qui sait ? Les individus croisés dans le bidonville sont-ils des acteurs ? Des figurants ? Des habitants filmés en caméra mal cachée ? Comment distinguer le laisser-aller (sensation d’un cinéma posé trop aléatoire, d’un cinéma direct trop posé) de l’urgence (à montrer une situation sociale totale) ? Il faut passer outre la gêne et l’agacement.

Et il faut passer outre car à la fin, le film est justifié. Mendoza a raconté son histoire en jalonnant ses plans de petits cailloux dont le chemin est, rétrospectivement, tracé. Dans le dernier quart, c’est de toute la force d’un quotidien insignifiant que se charge le mélodrame. L’atermoiement des situations et les gestes jusqu’ici sans grande valeur en décuplent la force, et apportent leur manière de pudeur factuelle au dénouement. En somme bouleversé, on ne peut que saluer la croyance en un ancrage résolument documentaire de la fiction, et aux vertus d’un engagement qui passe d’abord par le portrait, purement descriptif, d’une « foster mother ». Mais on peut aussi regretter que la base documentaire ne soit pas tout du long rattachée à la fiction mélodramatique, comme c’était le cas dans Woman of breakwater de Mario O’Hara (un ancien scénariste de Lino Broca passé à la réalisation), film magnifique sélectionné à la Quinzaine en 2004, mais jamais distribué en France. Réalisateur philippin d’une autre génération, Brillante Mendoza, né en 1960 et passé par la publicité, en est déjà, depuis Masahista (The Masseur – 2005), à son sixième film (Tirador / Slingshot – 2007, réalisé après John John), documentaires et fictions confondus.

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