Si le cinéma enrubanné de Park Chan-wook a plutôt tendance à nous laisser froid, Je suis un cyborg s’offre en sympathique exception à la règle. Avec simplicité, le film avance dans l’univers éthéré du conte, et suit les pas de Young-goon, déficiente mentale se prenant pour un cyborg (donc) qui parle à ses meilleurs amis les distributeurs automatiques et aime sucer des piles électriques à l’anis. L’intrigue ? Une rencontre avec Il-soon, pas plus équilibré qu’elle, et qui se croit seul capable de s’accaparer la personnalité des gens qui l’entourent (genre). Coup de foudre immédiat entre les deux zigotos, et c’est parti pour une heure quarante-cinq de comptine cyberpunk en fraise-chocolat. Le film déroule son style chatoyant et coloré avec style et virtuosité – celle-là même dont Park Chan-wook pare fièrement tous ses films. Et pour une fois, ni pompiérisme ni schmilblick philosophique ne viennent ruiner le talent bien réel du cinéaste.

C’est qu’ici la dérision de l’historiette et le cadre étriqué d’un asile se prêtent bien mieux au déluge rococo de la forme que les fables type monsieur ou madame Vengeance qui ont fait sa petite gloire. Le cinéma de Park Chan-wook est assez lourdement naïf et adolescent (se souvenir de l’insupportable Mister Vengeance jouant les kékés dans la cour humiliante d’une modernité de 50 ans son aînée). Ce premier degré trouve dans cette oeuvrette à l’eau-de-rose de quoi déplier des effets souvent ravissants, une sorte de cocon tout à fait à la mesure des limites intellectuelles de l’oeuvre. Alors le sens baroque de la forme qui nourrit le cinéaste, sa complaisance régressive (les cheveux verts du kid de monsieur Vengeance, inoubliables) sont au moins légitimés par la fantaisie pure et simple, sans autre objet que ses effets-champagne et mélodieux. Petite musique de l’inutile : après le délirant Lady Vengeance, sûr que cette folie sans conséquence est une piste à ne pas négliger pour l’auteur raide et pataud que l’on avait trop tôt condamné.

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