Qu’attendre aujourd’hui d’un Dreamworks film ? Boosté par la présence de Jerry Seinfeld à l’écriture, Bee movie aurait pu apporter une réponse rafraîchissante. Mais la machine infernale de Jeffrey Katzenberg demeure imperturbable, blob médiatique balayant sans vergogne la moindre poussière d’alternative. Et pourtant, on était en mesure d’imaginer qu’un type comme Seinfeld soit capable de faire évoluer le cahier des charges de Dreamworks, poussant notamment la pipolisation des personnages au-delà du gadget économique. Non, mille fois, non. Bee movie emboîte le pas d’un Shrek ou d’un Gang de requins, déroulant, imperturbable, sa camelote parodique et son anthropomorphisme petit bras.

Refusant son destin d’ouvrière à vie, une abeille découvre le monde humain par l’intermédiaire d’une fleuriste. Laquelle lui donne une idée : attaquer les multinationales du miel pour spoliation et esclavage moderne. Pari tenu, la ruche le regarde autrement. Une idée comme une autre dupliquant le canevas de Fourmiz, l’un des premiers films à poser les bases de l’idéologie Dreamworks : surfer sur les clichés animaliers, trouver quelques correspondances humaines, blaguer tout le temps. Seinfeld apporte cela, du rire, des mises en boîtes, dont ici, avouons-le, quelques bavardages délirants à la hauteur de son sitcom. Pour preuve, la rencontre entre la fleuriste et l’abeille, petit moment de trivialité sympa (l’abeille parle anglais) que le film ne saura jamais exploiter visuellement.

Bee movie n’a pas d’autre choix que celui de plonger dans la sitcom, auquel l’animation n’offre qu’un enrichissement purement sociologique (attirer les enfants). L’éloge de la vitesse confine plutôt au bâclage : décors sommaires, animations et autres fulgurances ad hoc. Rien n’y est moche, mais rien n’est voué à la fascination. Le miel par exemple, sève scénaristique du film, s’affirme comme une tapisserie nécessaire, au mieux déclinable en produit : spray parfumé, médicament, production économique ambrée (couleur officielle du film, il fallait y penser) dont on ne livrera l’utilité qu’en toute fin. Et encore, n’est finalement creusé que l’utilité d’en produire plus que le miel en lui-même, pâte assimilable en macguffin – Dreamworks n’a jamais peur d’en rajouter question fumisterie. Cette trivialité sans conséquence ramène le film à ce qu’il est : un produit de marque destiné à la consommation immédiate, une malbouffe à saveur scientifiquement dosée pour un stimulus immédiat. Rire avec Seinfeld, s’identifier aux abeilles (soit un pull rayé et un libre arbitre, le pitch à proprement parler, grosse pelote qu’on se contente de dérouler), lui reconnaître une place dans la société (pas de fleur sans elle)… Du cinéma en pot, en somme.

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