Elizabeth (reine d’Angleterre), l’âge d’or : repousser l’armada des méchants espagnols intégristes hors de la Manche, ignorer sa libido titillée par un joli corsaire (Clive Owen), se soustraire à la dure loi de la real-politik (trancher la tête de Mary Stuart). Elizabeth : l’âge d’or, c’est aussi un film très très moche, filmé comme une comédie musicale de Kamel Ouali. Et où l’on nous sert de la dramaturgie shakespearienne sauce madère, des acteurs très intenses à costume et postiches, de l’armure rutilante et des galions numériques.

Au moins le film de Shekhar Kapur ravive le souvenir du four de Milos Forman, Les Fantômes de Goya, sorti un peu à tort dans l’ignorance générale cet été. Même production europudding chancelante, même lignée kitcho-historique vouée au casse-pipe. Seulement, quand l’un finit en eau de boudin dans un fracas anarchique profondément jouissif (Forman), l’autre s’éteint au bout de trois plans dans une indifférence sordide. On n’attribuera même pas à Kapur l’humanité du faiseur de nanars ou la goguenardise du vrai cinéaste dépassé (Forman, toujours). Rarement on a vu réalisateur plus insipide que ce mauvais joueur de poker dont on cerne à l’avance chaque intention, plus petit bras les unes que les autres. Elizabeth, c’est de la conspiration en tranches, servies dans le même plat, lequel est constamment précédé d’un même autre : joutes verbales, hystérie montée de toutes pièces (Philippe II d’Espagne, mauvais fanatique psychopathe), plan serré sur la reine poudrée dans l’exercice de ses fonctions (dame de fer style) que la séquence suivante fait éternuer – attention, humanité.

On ne saurait toutefois attribuer l’exclusivité de cette atroce javellisation au seul réalisateur. A la barre des accusés, la distribution, Cate Blanchett en tête, laquelle joue un autre film, un grand film sérieux qui n’existe jamais une seconde. Terrible conséquence : la mire historico-stoïque de E : L’âge d’or ne varie pas d’un pouce, condamnant le film à devenir son propre fantôme, décalque maudit, insipide et entêté. Cela dit, notre curiosité est indéniablement piquée. Que valait vraiment Elizabeth tout court, premier volet signé par la même équipe mais avec Vincent Cassel et Eric Cantona ? C’est loin (bientôt dix ans), mais ça devait forcément être plus drôle.

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