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sur 5

Couple de documentaristes américains installé à Paris, Michael et Heidi (la familiarité avec laquelle ils se sont filmés incite à les appeler par leur prénom) retournent dans le Massachusetts pour l’incontournable fête de Thanksgiving. Lors du trajet en voiture qui les conduit vers la demeure familiale d’Heidi, pendant le repas puis de retour à Paris, ils évoquent, munis d’une petite DV, leurs enfances respectives.

L’originalité de Home sweet home est moins dans la forme choisie, plus proche du journal intime filmé que du documentaire (on regroupe facilement sous ce nom tout ce qui n’est pas de la fiction), que dans les sentiments qu’elle recouvre. Montrant d’abord avec pudeur leur quotidien, le couple de réalisateurs se livre ensuite à de petites reconstitutions du cadre de vie de l’enfance : pour Heidi, la grande demeure où résonne la voix de son père suicidé, et pour Michael, l’austère maison coloniale au Zimbabwe, où il a passé son enfance, en pleine brousse. Filmer constitue pour eux un acte simple et naturel, une sorte de stimulant pour la mémoire et la réflexion. Il est question de l’enfance, période de bonheur ou d’oppression, de la famille, tendre ou indifférente, libérale ou traditionnelle, marquant notre existence d’une présence écrasante, qu’elle soit effective comme pour Heidi ou virtuelle pour Michael. Home sweet home est bercée par une étrange nostalgie, celle de l’identité, qui au lieu de se raffermir est devenue au fil des ans plus mouvante et insaisissable.

Mais, si les auteurs du film feignent de l’ignorer, l’exercice est périlleux. L’intimité du couple, les mémoires croisées de Michael et de Heidi sont l’objet d’une méditation en vase clos, souvent prisonnière d’un ordre de choses qui ne concerne en rien le spectateur. Ainsi, on n’échappe pas au repas de fête au caméscope où les convives défilent (en plan rapproché avec effet « gros nez ») pour livrer leurs impressions. Un film de famille est déjà pénible quand il s’agit de la sienne, alors celle d’un autre… Enfin si certaines réminiscences ont une vertu dramatique, comme le récit de la mort du père de Heidi, beaucoup d’effets tombent à plat n’ayant qu’un pouvoir d’évocation limité. Il y a bien une voix off (le récit de Heidi, dit par Gabrielle Lazure, et les commentaires en français de Michael), mais elle ne suffit pas à pallier le déficit d’idées visuelles, et le manque d’émotion et d’intensité des images. Un peu plus d’inventivité aurait été bienvenue pour rehausser cette réflexion originale et vagabonde sur le passé et l’hérédité, portée par une sincère mélancolie.