PARTAGER
0
sur 5

Nous évoquions, dans l’avant-dernier numéro de Chronic’art, le retour aux racines d’un certain cinéma commercial français, celui qui marche fort dans les salles (Boon, Onteniente). Il ne faudrait pas oublier celui qui, parallèlement, tente une ouverture qu’on réduira, pour faire vite, à une hybridation franchouillardo-américaine. Après Besson (qui ne marche plus depuis quelques années), le cinéma de genre (L’Assaut) ou la comédie de trentenaires, voici le film de famille, genre prisé des deux côtés de l’Atlantique que la réalisatrice Jennifer Devoldere tente de réunir. D’abord le casting, dont le caractère hétéroclite digne d’un panel de la Sofres se pose en VRP d’une France généreuse et moderne : un ex Bronzé passé par le cinéma d’auteur (Blanc), une néo rigolote issue des banlieues (Géraldine Nakache, de Tout ce qui brille), la muse d’Albert Dupontel (Claude Perron) et pour cimenter le tout, une jeune beauté parée pour l’export (Mélanie Laurent). Puis l’intrigue, mi-Woody Allen mi-Famille Tenenbaum, replantée entre Paris intra muros et pavillons du 78. Blanc annonce à ses grandes filles (dont Mélanie Laurent) que sa nouvelle femme attend un enfant de lui, et le film de se délecter de ce big-bang, débitant les tranches de vie comme on découpe un gigot dominical. On se crêpe le chignon autour d’un steak frites dans une brasserie parisienne, on se drague devant chez Starbucks, on se sépare dans un magasin de chaussures, pendant que Papa joue au golf et travaille au Sentier.

Les cartes postales défilent, mais le message est assez clair : la région parisienne est un terrain de jeu branché et pittoresque, les Papa ont un cœur gros comme ça et les belles blondes de chez nous un charme lunaire. C’est moins l’intention, très très mièvre, que la facture archi péteuse, qui agace ici. Car le film rêve de sublimer le quotidien par décalages successifs, croyant très fort fabriquer ainsi de la grâce et du symbole quand il s’emplafonne dans le cliché le plus enclumesque. Il faut voir les velléités artistiques de Mélanie Laurent, qui radiographie une myriade d’objets domestiques au laboratoire qui l’emploie, comme une synthèse possible des désirs du film: faire de la vie quotidienne un objet griffé (la fan-tai-sie martelée sur chaque image), tout en jouant les psys de gouttière (silences qui en disent long, pudeurs du père et de sa fille), se repaître de désinvolture sursignifiante et de rébellion formatée (Mélanie Laurent se fait virer de son boulot, mais tape dans l’œil d’une galeriste : la life, c’est l’art). Le naturalisme à la française ne s’en remet pas (notamment les acteurs, tous nuls, étouffés par des dialogues d’une indigence totale), pas plus que le mélo Wes Andersonien, brusquement sur-appuyé vers la fin. Le film bascule ainsi sans prévenir dans la noirceur la plus racoleuse, tombant alors le masque, révélant son impuissance à faire subtil. C’est au fond la seule trace d’authenticité réparable sur cette affligeante coquille vide.