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3
sur 5

Dans la famille Tenenbaum on demande la mère Ethel (Anjelica Huston), les deux fils Chas (Ben stiller) et Richie (luke Wilson) et, enfin, la fille Margot (Gwyneth Paltrow). Le clan est presque au complet, ne manque à l’appel que Royal (Gene Hackman), père indigne et égocentrique qui a disparu de la circulation une vingtaine d’années auparavant. Un abandon dont la couvée Tenenbaum n’a jamais su se remettre ; les enfants surdoués (chacun d’eux brillait dans un domaine précis : à Margot l’écriture, à Chas la finance et à Richie le tennis) en atteignant l’âge adulte sont devenus des êtres particulièrement névrosés. Un à un ces trentenaires dépressifs se réfugient sous le toit familial bientôt rejoints par le patriarche disparu qui tente de s’incruster. Pour cela il ne trouve pas mieux que de feindre un cancer au stade terminal afin d’amadouer des rejetons et une ex-femme plus que réticents.

Inventeur d’un genre, la comédie dépressive, Wes Anderson, soutenu par une épatante B.O., excelle dans le registre mélancolique. La tardive réunion familiale donne lieu à une sensible et espiègle exploration de blessures à la cicatrisation plus qu’improbable. Enfermés dans une enfance idéalisée -période d’épanouissement de leur génie-, le trio n’est plus composé que d’adultes grisâtres. Ce bloquage temporel est relayé par une belle idée de mise en scène : les personnages continuent à s’habiller avec les vêtements symbolisant leurs compétences passées, manteau de fourrure, bandeau à la Vilas, jogging… Ainsi déguisées, ces silhouettes incarnent un âge d’or à jamais révolu et n’en sont que plus émouvantes. Pourtant le film ne convainc pas totalement. A mi-chemin entre un J. D Salinger et un John Irving (mélange plutôt étrange), Wes Anderson cultive par trop la loufoquerie de ses personnages. C’est à un véritable concours d’excentricités que se livre cette tribu, chacun des membres bataillant pour se distinguer du lot à coups de bizarreries, d’obsessions. Bien trop conscient de ses effets et références (aux deux auteurs suscités s’ajoute un évident hommage au film d’Orson Welles, La Splendeur des Amberson), La Famille Tenenbaum est finalement un objet plus affecté que réellement insolite.