Parfois on se demande un peu pourquoi, et pourtant on continue de prospecter avec une curiosité légèrement amoureuse du côté des bluettes américaines. On y revient toujours, à ces nouilleries, parce qu’on en a jamais fini avec elles, qui semblent pour leur part ne jamais finir d’en finir. D’ailleurs, si elles finissaient ce serait la mort, plus rien ne serait possible. Que cherche-t-on dans les comédies dites romantiques ? Ce qu’elles nous proposent en claudicant, un pied dans l’escarpin rose du roman photo pour filles rêveuses, l’autre dans le programme social d’un monde toujours à inventer. Ce qu’elles proposent, c’est beaucoup de poudre aux yeux, mais surtout un tout petit peu de lien, un soupçon de collectivité, les prémices d’une joie d’être ensemble, une caisse à outils de l’amour, un réservoir à (trop) bonnes idées. Programme neuneu et vital, joli et couillon, un vrai bonheur. Mais si tout s’arrêtait ce serait la mort.

Justement, ça tombe bien : adaptation d’un roman bankable encensé dans les suppléments littéraires de Télé 7 Jours et Biba, Et si c’était vrai… raconte justement, ô surprise et joie, que l’amour et plus fort que la mort. Vous n’y croyez pas ? Pourtant voici Elizabeth (Reese Witherspoon, soda sans bulle), jeune médecin hyper active, plat pays sentimental. Accident de voiture, elle meurt presque. Et voici David (Mark Ruffalo, au charisme d’éponge), buveur de bières et veuf, glandu un peu friqué, quand même, qui loue l’appartement de la susnommée Lizzie, libéré provisoirement après l’accident. Abracadabra, Docteur Liz apparaît intra muros, ignorant son état semi-ectoplasmique (elle est dans le coma, en fait), réclame son bien (l’appartement), fait une vie pas possible au pauvre David, le seul à bénéficier de ses apparitions. A la fin ils s’aiment. Et puis elle ressuscite, abracadabra.

On ne sait pas quelle sauce ont rajouté les manufacturiers du film au bouquin adapté, et à vrai dire on s’en fiche pas mal. Le film est nul, c’est ainsi. Et on s’en fiche pas mal. Tant pis, si rien ne s’est passé ici il se passera quelque chose ailleurs, la ville est grande, San Francisco ou New York, qu’importe, Whiterspoon et ses copines, Ruffalo et ses copains, les petits soldats romantiques sont toujours réservistes, on attend.

Article précédentBrain K. Vaughn, Tony Harris et Tom Feister – Ex machina : Les Cent premiers jours, vol.1
Prochain articleMichael André Bernstein – La Mémoire des conspirateurs