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Duos d’un jour possède tous les éléments requis pour délier nos langues -de pute. Et cela en raison d’une simple filiation de cinéma : le réalisateur du film, Bruce Paltrow, est en effet le géniteur de la blonde Gwyneth, récemment oscarisée et rôle principal dans celui-ci. Logique cancanière : monsieur Paltrow n’aurait jamais pu passer derrière la caméra sans la renommée de sa rejetonne, le scénario de Duos d’un jour serait resté dans un placard si papa et fifille n’étaient pas copains avec certains producteurs influents (dont le cinéaste John Byrum, autrefois auteur de l’intrigant Inserts, beau huis clos désabusé sur quelques mavericks des années 30 œuvrant dans le porno), etc. Bref, un bon tas d’insinuations infondées que le critique de mauvaise foi (pléonasme) saura utiliser en vue d’une descente en règle.

Modeste dans sa forme comme dans son propos, le film de Bruce Paltrow mérite pourtant -une fois n’est pas coutume- notre indulgence. Ses héros ? Une poignée de « road-beaufs », figures un peu fadasses réunies par une passion commune, le… karaoké ! De bourgades en aires d’autoroute, ces éphémères stars locales se rencontrent et se perdent au détour d’une version personnalisée de Sweet dreams ou Try a little tenderness. Père et fille (Huey Lewis/Gwyneth Paltrow) ou tout bonnement compagnons de voyage, les duos vont se former au gré du hasard, dans l’espoir de rafler les premiers prix des multiples concours organisés à travers les Etats-Unis.

Si les premières minutes font craindre le Short cuts de bas étage (récits qui s’entrecroisent sans énergie et sous une lumière de téléfilm), la suite fascine presque par son côté obsessionnel, alignant avec un étrange systématisme les numéros chantés. Plages populaires américaines plaquées sur des morceaux de vie exsangues : Duos d’un jour donne l’impression d’assister à une sorte de karaoké sériel, document sur des voix imitant d’autres voix et qui ne vaudrait que par la qualité de ces reprises musicales. Celles-ci étant fort contestables, le film devient alors un inconscient éloge du vide et de la banalité, répétant à l’envi les performances de ces ersatz de stars qui, malgré toutes les poussées de leurs cordes vocales, ne peuvent échapper à leurs destins de faiseurs. En version expérimentale (et si ce n’était déjà un film de Bergman), Duos d’un jour aurait pu s’intituler De la vie des marionnettes