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Lisa est le genre de films qui donne envie de se révolter violemment contre l’industrie du cinéma français. Car une question ne cesse de revenir pendant la projection de cet objet indéfendable : comment un producteur et des télévisions -France 2 et Canal +- peuvent-ils placer de l’argent (le budget semble d’ailleurs des plus confortables) dans un tel projet et y croire un minimum ? Accablant à tous points de vue, le long métrage de Pierre Grimblat réanime un type de narration désuet, fier de son lyrisme à bon marché et de la terrifiante naïveté de ses idées. Tout droit sortis d’un gros bocal de naphtaline, les personnages de Lisa sont autant de créatures lointaines, guère plus vivantes que des statues de cire, étrangères aux vibrations du réel comme à la notion de récit moderne.

A commencer par la protagoniste (Marion Cotillard), adolescente atteinte de tuberculose et amoureuse de Sylvain, acteur en devenir, jeune premier beau et fougueux (Sagamore Stévenin). Cette rencontre a lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui entraîne au moins trois catastrophes successives : séparation forcée des deux amants puisque Sylvain part au front, cas de conscience de celui-ci qui, devenu déserteur, se découvre des origines juives, et, enfin, rafle massive organisée par les nazis au sanatorium de Lisa. Comme de bien entendu, les juifs à barbiche et binocles, les méchants collabos vicieux et les passions tourmentées sont de la partie… Mais ce n’est pas fini, car le père Grimblat nous a concocté un incroyable épisode contemporain dans lequel Sam (Benoît Magimel), un apprenti-réalisateur fasciné par le cinéma des années 30 et 40 retrouve la trace de Lisa (ajoutez soixante piges à Marion Cotillard et vous obtenez Jeanne Moreau) pour les besoins d’un documentaire sur l’éphémère carrière de Sylvain. Et la vieille de pleurer l’amour de sa vie, sous l’œil attentif et aimant de l’artiste, qui profite de l’occasion pour résoudre ses problèmes d’identité juive en compagnie de son pauvre papa mourant (Michel Jonasz !). Chargé, non ?

Quelques remarques qui tuent pour mieux rendre compte de ce téléfilm aux allures de superproduction : Sam est un cinéaste bohème looké à la Jean Gabin, Marion Cotillard campe un zombie pathétique et Sagamore Stévenin en fait des tonnes dans le registre du jeune exalté en pleine phase de starification. Enfin, cerise sur le gâteau, Marisa Berenson se la joue cameo de luxe, princesse aux abois sur un bout de pellicule en noir et blanc. Tout cela n’est pas méchant, mais enrage à force de mièvrerie. Avec ses images et ses propos séniles, Lisa est un film d’ores et déjà obsolète.