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sur 5

Après le raplapla Crazy, Stupid, Love, nouvelle déception de la part du tandem Requa-Ficarra, sur lequel on aura du mal désormais à miser le moindre jeton. Sur le papier, et en dépit de ses atours très ringards (voir l’affiche façon pub D&G), ce troisième film avait pourtant quelques arguments à faire valoir. À commencer par la promesse, peu audacieuse mais au moins rassurante, de rempiler sur des bases jumelles de la première et seule réussite du duo, I Love You Philipp Morris. Soit : le film d’arnaque emmêlé dans la comédie romantique, où tout le monde doit tromper tout le monde autant pour cacher son jeu que pour déguiser ses sentiments. Et ici bien sûr, le premier qu’il faut duper, et donc séduire, c’est  le spectateur.

Problème : le genre requiert une forme de désinvolture dans la virtuosité qui manque complètement aux deux réalisateurs, beaucoup trop besogneux quand il s’agit de broder un peu de décontraction sur l’envers de leur roublardise. L’escalade à l’imposture devient ici très vite lassante, une fois compris que le film se contentera de multiplier les supercheries en faisant mine de les découvrir avec nous. Sous ses airs de romance fougueuse et manipulatrice, Diversion n’est qu’une suite de happenings clippesques et démantibulés, prétextes à une tambouille où s’amalgament cartes postales estivales, défilés de mode printemps-été, et compilation de tubes 2014. Le film finit par ressembler à une sorte de remake de Pickpocket par Michael Bay : existentialisme beauf, gonflette formelle et tuning en guise de direction artistique, barbouillant l’écran de signalétiques glamour-chic-sexy comme on remplirait de la saucisse. Avec pour seul mérite de donner à mesurer, rétrospectivement, tout le talent dont Steven Soderbergh avait su faire preuve, en bon faussaire flegmatique, avec ses deux premiers Ocean’s.

Son couple de stars, quant à lui, achève d’enfoncer le film dans les limbes de l’entertainment vulgaire et tendrement débile. Moitié-bad boys moitié-Arsène Lupin, Will Smith est bien trop pataud pour nous faire croire une seule seconde au cynisme désabusé de son personnage d’escroc revenu de tout. Quant à Margot Robbie, découverte dans Le loup de Wall Street et future Jane dans Tarzan, elle continue d’assumer consciencieusement son rôle de bonnasse de service en se gardant du moindre double-fond. C’est l’idée très nineties de ce bien nommé Diversion : s’en remettre à la toute puissance d’une paire de seins, attendu qu’il suffit de savoir distraire un peu son spectateur pour détourner son attention du gros nanar qu’on a caché derrière.