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3
sur 5

Certains, qui ont eu la chance de voir Conversations de salon, le moyen métrage de Danielle Arbid, savent que les champs de bataille qui intéressent la cinéaste, s’ils ont pour cadre Beyrouth, sont avant tout dans l’écho, la résonance des bombes. Conversations de salon, c’était cet ingénieux dispositif ­un salon, thé + biscuits, quelques dames chics en grande discussion­ répété trois fois par turn-over, où se faisait entendre malicieusement le bruit d’une guerre passée et comment elle est entrée dans la tête des Libanais pour ne plus en sortir. Dans les champs de bataille ramène, lui, à la présence immédiate de la guerre, se déroule à Beyrouth, au coeur du conflit, au début des années 80. Un même projet s’y continue, qui mêle chronique familiale et hors champ belliqueux ­guerres avec ou sans canons. C’est vrai, les films libanais les plus récents arrivés jusqu’à nous (Beyrouth fantôme de Ghassan Salhab, West Beyrouth de Ziad Doueiri, Civilisées de Randa Chabal Sabbag) ont tous plus ou moins suivi la même voie pour faire fictionner la guerre : chronique de vie (plus ou moins autobiographique) dans les immeubles, psychologies ravagées par les bombes, présence-absence des batailles, visibles-audibles par bribes (bruit d’explosions entendus depuis les abri en sous-sol, soldats qui courent, voitures qui passent, etc.). Aussi Dans les champs de bataille n’est jamais loin de certains lieux communs (une impression de déjà vu), jamais loin d’une certaine préciosité non plus.

N’empêche, une vraie force du récit vient donner vie à l’ensemble. Aux personnages d’abord : famille où rien ne va ­papa joueur invétéré, crise du couple, grand-mère acariâtre. A la narration ensuite : tout le film est vu du point de vue d’une petite fille de 12 ans, naviguant entre intérieur (une famille en or) et extérieur (guidée par la domestique syrienne de sa grand-mère, elle découvre les garçons, une certaine forme de liberté sous les obus). Quelque chose transperce ces champs de bataille, moins le soin trop visiblement apporté à la mise en scène qu’une espèce de délicatesse et de qualité de regard.