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sur 5

Alfie s’installe à Manhattan pour séduire « les plus belles filles du monde ». De la cinquantenaire resplendissante à la blonde aux jambes interminables, il les passe toutes en revue à coups de drague suave, de costards impeccables et de super-déo. Richement pourvu en pièges à loups et en joujous extras, il raconte tout face caméra, des meilleurs souvenirs aux déprimes de coureur solitaire. Exactement comme son ancêtre Michael Caine, le premier du nom, celui du swinging London et du libertinage tendance. Vu que l’Alfie 2004 dandine du scooter à deux rues de Ground Zero et du puritanisme de Bush, le grand retour du gigolo d’inspiration seventies semblait une bonne nouvelle. Et pour Jude Law, l’actuel homme vénal d’Hollywood, c’était sans doute le rôle de toute une vie, du moins celui qui fait d’un acteur connu un concept fort. Hélas, Charles Shyer n’a rien d’un réalisateur libéré. D’ailleurs, il n’a rien d’un réalisateur tout court, tant ce remake raplapla s’emplafonne sur à peu près tout.

D’abord, Jude Law lui-même, pas formidable en fantasme urbain, confondant dandysme et chippendale, minimalisme du jeu et poses lascives de mannequin pour sous-vêtements. Ensuite parce qu’il n’est jamais aidé par Shyer, toujours prêt à napper son journal du séducteur de scrupules gonflants ou de flambées rigolardes. Le film ne prend jamais le libertinage au mot. Avant même d’en faire une question morale, Shyer n’y croit pas. Alfie se dit volage ? Non, tout faux, c’est un sentimental qui s’ignore. De la jouissance des brèves rencontres, rien, même moins que rien. Alfie en reste aux canons télé asexués, décrochant des rendez-vous avec des blondasses de séries TV voire des mères célibataires qui l’attendent dans leur intérieur de sitcom. Du théâtre de boulevard pur gras dont le film ne se lasse pas, où les couples se défont à cause d’un string adultérin découvert dans la poubelle de la cuisine. Et quand les femmes prennent plus de pouvoir, quand elles se font plus attirantes et fatales, Shyer les transforme finalement en hystériques ou en cas médicaux.

Pourtant, le film n’est pas plus moraliste que n’importe quelle autre bluette. En fait, Shyer est plus limité que coincé. Pour lui, la question en se pose pas : un remake, c’est un film déférent à un truc du passé mais ça ne se théorise pas. Donc on le chérit gentiment – le passé – pour montrer d’où l’on vient (la musique de Mick Jagger -Rod Stewart, les splits-screens) sans savoir où l’on va. D’un côté, on croit nous dire qu’Alfie restera toujours une breloque psychédélique, un truc usagé de type souvenir de jeunesse enchantée. De l’autre, le film se passe bel en bien en 2004, il semble plus remettre le personnage au goût du jour que l’enterrer ou le railler. Et puis finalement, on s’en fout, tant Irrésistible Alfie ne s’avère qu’une formule de comédie romantique, un produit pour acteur à la mode, sans âme, sans âge et sans risque.