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2
sur 5

Pour rompre l’équation du toujours plus beauf, toujours plus grossier, toujours plus teubé de chaque nouvelle production Besson, Danny the dog a peut-être trouvé la parade : faire avec les moyens du bord (Louis Leterrier + un scénario torché en quelques heures + une star et quelques has been), ne surtout pas tenter de masquer les limites du projet mais, au contraire, en faire une sorte de programme absolu et fier de lui. Ainsi en va-t-il de cet actionner 100% pur porc dont le concept se contente de porter à incandescence l’idéologie bessonnienne : l’humanité comme vaste chenil où règnent chiens fous et bâtards en rogne, une sorte de grande série Z à ciel ouvert dont le gras gourou serait bien sûr, seul et debout aux commandes, le petit boucher du cinéma français d’aujourd’hui et de demain.

Il faut à la limite préférer l’obscénité de ce degré zéro de la pensée à un film comme Adresse inconnue qui sort le 9 février 2005. Là où Kim Ki-duk tente de faire passer sa vision canine du monde pour une identité d’auteur, Besson se contente d’enchaîner les visions d’épouvante à tours de bras, sans le moindre recul : arène bourrée de hooligans où Jet Li transformé en mangeur de Canigou détruit une suite de corps réduits à l’état de bouts de gras, personnages pourris jusqu’à la moelle, femmes traitées comme des quartiers de viande, punchlines carambar, etc. La rance poésie de l’auteur de Léon a beau tomber comme un cheveu sur la soupe (la petite famille qui recueille le petit chien apeuré et lui fait découvrir les vertus de la musique), elle participe à l’atmosphère de grande fête dégénérée de l’ensemble.

Le film va si loin dans sa bêtise violente qu’il peut apparaître comme le chef-d’œuvre de ce micro-genre franchouillard (un peu comme Bad boys 2 pour Bruckheimer), une drôle de comète entre étron et ovni, qui a au moins le mérite de tenir droit et de bénéficier d’une écriture bien carrée. Dans ce cauchemar de raideur, la réalisation du tâcheron Leterrier paraît presque gracieuse, bien aidée par les chorégraphies efficaces des combats et la musique minimaliste de Massive Attack. Alors ne boudons pas notre plaisir : cette glauque soupe au chien a au moins un peu plus de goût que les habituelles endives du potager Besson.