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4
sur 5

La résurrection prolongée du label Ze permet enfin d’apprécier à sa juste valeur Cristina, figure culte et charnière d’une scène musicale new-yorkaise entre deux eaux. Cristina Monet fut probablement l’une des pires chanteuses de cette planète, et de plus, l’épouse de Michael Zilkha, boss argentier de Ze ; qu’importe. Le propos n’est pas là. Cette femme fut l’actrice d’une expérience menée par plusieurs sorciers du son, envers lesquels nos producteurs es dance-floor contemporains (James Murphy, Trevor Jackson, Optimo…) ont une dette infinie.

Réhabilitons Bob Blank, génial ingénieur du son Ze, et August Darnell, alias Kid Creole, qui remixa avec génie (et la descendance que l’on connaît aujourd’hui) Contort yourself de James Chance / White. Il signe et produit le premier album, Doll in the box (1980), suite de courts-métrages post-hollywoodiens et véritables écrins de glamour renversé, dont le chanté-parlé de Cristina est la perle de carton-pâte. Derrière ce kitsch dépassé, au propre comme au figuré, se dissimule un précis de composition et d’arrangement pop, mêlant disco, Caraïbes et music-hall, et surtout un talent de la reprise. Is that all there is, ce classique de Leiber-Stoller incarné par Peggy Lee, est outrageusement grimé en hymne de bastringue (cette chanson fut d’ailleurs écrite à l’origine pour une pièce de théâtre expérimental !), et Drive my car des Beatles est maquillé comme une voiture volée, sous ses lambris de cuivres et ses giclées de vibraphone…

Sleep it off (1984) est produit par Don Was (Not Was) ; Cristina en a écrit les textes doux-amers et sa voix y est davantage « morgueuse ». Malheureusement, les chansons sont moins inspirées et souffrent d’une production FM eighties, malgré quelques réussites (Don’t mutilate my mink, qui rippe le riff d’Anarchy in the UK, ou He dines out on death, inédit rêvé de Lee Hazlewood). Cristina a manqué de peu sa rencontre avec Prince, raccrochant au moment où montait en puissance l’étoile pourpre, dont elle reprend When you were mine, démo produite par, ahem, Robert Palmer. La merveille cachée parmi les bonus tracks est Things fall apart, originellement publiée sur la compilation A Christmas record, idéal étalon de l’art de Cristina : pompier et ironique.