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2
sur 5

La culotte d’Emilie sèche au mistral, faseye au grand air, on peut y lire au hasard d’un zoom indiscret : « Résolution 2012 : Find a boyfriend ». Pour dégrossir une psychologie, resserrer les enjeux d’une oeuvre, un petit coup d’oeil sur le fil à linge c’est toujours utile. Ici donc, le slip se déchiffre, s’interprète, c’est intellectuel jusqu’à la gaine. Hypothèse : Emilie (excellente Sophie Cattani) en est à une phase critique du célibat, celle des pense-bêtes humoristiques, des dessous-surprises. Elle formule, elle exprime, succombe à l’enfer symbolique, au rire jaune et aux coussins serrés sur le coeur. Le désir passe au second plan : ce qu’il faut maintenant c’est un résultat quelconque, c’est du chiffre, une case avec une croix dedans. « Je cherche, je cherche un garçon », elle se répète la phrase devant son ordinateur, elle vient de s’inscrire sur un site de rencontres – et c’est toute l’affaire du film : speed dating, une scène par garçon, opération coup de poing.

Chercher le garçon (pour les fans de Taxi Girl : rien à voir) est une amusante distraction, légère et complètement anodine. Réussie, mais dans le genre strict du sketch télévisuel. Sur la base des rencontres régulières, le film met en place une épure plutôt efficace, le dispositif (certes pas risqué) est implacable, les effets drolatiques garantis. Sur un plan mécanique, donc, ça marche. Pour le reste : la trentenaire empotée mais sexy, les 31 décembre à webcam, les paradoxes de l’ère Meetic, rien qui ne soit thématiquement, totalement éculé. Quant à la transposition rohmérienne à Callelongue, le terrain est lui aussi déjà balisé trois fois, et avec une autre ampleur, une autre classe, par Emmanuel Mouret. Tirant aussi, tout simplement, vers Plus belle la vie, pur produit marseillais lui-même, et dont on retrouve ici une des principales actrices, Aurélie Vaneck.

Dans ce qui serait idéalement éclaté en petits segments apéritifs, de style Tuc, pour patienter avant le journal de 20h, il faut relever tout de même cette façon avec laquelle le film se laisse gagner par l’improvisation, se dilue parfois nonchalamment dans le style amateur. Choix judicieux, puisqu’il permet de révéler ce que sont au fond ces rendez-vous : d’assez cruels petits exercices d’exhibition personnelle. Après les échanges sur le net, l’instant de la rencontre est, au sens étymologique du terme, monstrueux d’un côté comme de l’autre – et filmé comme tel par la cinéaste : entre deux plans, c’est souvent l’effet diable à ressort. Mais tout à la fois (paradoxe que le film ne fait malheureusement qu’effleurer), une deuxième comédie se joue : la virtualité se continue du net au rendez-vous, les partenaires se déclinent en poète romantique improvisé, faux sosie de Hugh Grant, déviant sexuel jouant aux Playmobils dans les soutiens-gorges, etc. Emilie accepte de jouer de temps en temps leur jeu, d’épouser leurs fantasmes, comme si la rencontre vraiment authentique ne pouvait plus se faire que sur le mode du petit jeu de perversion – autant de perspectives de fictions, de vrai cinéma que la réalisatrice laisse pourtant fâcheusement inexploitées. A déguster en hors-d’oeuvre, donc, en attendant du solide.