Joli succès au box-office américain, La Chambre 1408 est tiré d’une nouvelle de Stephen King mais semble plutôt inspiré d’une attraction de Disneyland ouzbek. Un rationaliste démystificateur (John Cusack), pourfendeur d’impostures spectrales et autres usurpations d’outre-monde, parcourt l’Amérique en quête de phénomènes surnaturels à l’angle desquels aiguiser son scepticisme. Il a à peu près tout fait, chaque recoin de chaque grenier de chaque maison hantée du pays : tout ça, consigné dans les bouquins qui font sa mini gloire, sortes de routards de la flippe. Il est à deux doigts de s’ennuyer quand un anonyme lui lance un intrigant défi : passer une nuit dans la terrible, l’infernale, la mortelle chambre 1408 d’un grand hôtel new-yorkais, où personne ne tient dans plus d’une heure, livré à la furie d’esprits frappeurs. Putain, une chambre où tout le monde meurt !

Bon, on peut s’étonner de ce que le spécialiste absolu de la chambre à pétoches n’ait pas connaissance de ce lieu maudit à la réputation pourtant bien assise. Qu’importe. Cusack revêt sa plus belle chemise à fleurs, taille la bavette un bon quart d’heure avec Samuel Jackson, le patron du bouge (histoire de justifier le cachet de ce dernier et que le métrage dépasse les 90 minutes) puis s’enferme dans la chambre 1408, genre même pas peur. Il s’installe, et ça commence illico, des poltergeists sèment la terreur, plient le PQ quand Cusack a le dos tourné, mettent le barouf dans la penderie, tandis qu’une dondon transparente se jette par la fenêtre.

Ledit Cusack rame comme une âme en peine dans ce grand huit tout pourri. Il y a bien une ou deux idées à sauver ici ou là, comme cette scène autour du voisin d’en face que Cusack appelle à l’aide et qui s’avère être à la fois son double et son reflet. Pour le reste, le film fait parfois sursauter avec des artifices vieux comme le monde, mais c’est une peur vide qu’il active, sans objet, indéterminée, transparente et purement mécanique. La parade, pour le film, consiste à remplir cette peur avec des larmes : en fait Cusack n’arrive pas à faire le deuil de sa fille, et la chambre 1408 prend sur elle la représentation de ce trauma. Cela permet, à peu de frais, de psychologiser l’attraction foraine, d’infuser le train fantôme de pathos, et de rendre le tout apparemment moins dérisoire. On a vite compris l’affaire, et comme le film s’acharne à rentabiliser au maximum cette pauvre trouvaille au prix de multiples et pénibles fausses fins, on s’ennuie ferme.

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