Passée la gravité de Mysterious skin, Gregg Araki s’offre une pure récréation sunshine, davantage qu’un contre-pied pur et simple de ce drame sans rémission. Relevant sans complexe de la comédie fumette, sous-genre sans envergure dont les avatars sont plutôt à chercher dans les direct-to-video, Smiley face n’a d’autre objectif que de filmer de l’intérieur, en caméra embarquée, un trip sous space-cake. Déjà pas claire avant midi, traînant jusqu’à pas d’heure en pyjama, Jane, une apprentie actrice californienne molle et blondinette (Anna Farris, on y revient) s’enfile gloutonnement et innocemment le plateau de cake de l’espace concocté par son nerd de colocataire. S’ensuivent 85 minutes de virée flottante où Jane se lance des défis héroïques : se rendre à un casting, rembourser son dealer, relancer une fournée de pâtisseries.

Récréation de la Quinzaine des réalisateurs 2007, Smiley face est aussi avachi que son héroïne, et tout aussi ambitieux qu’elle. Autant dire que s’il est parfaitement sympathique et inoffensif, il est parfois limite ennuyeux et justifie son format court, n’ayant pas grand-chose de plus à dire que ça : quand on mange des space-cakes, après on est tout bizarre. On eut certes pu attendre davantage de Gregg Araki, ou au moins la confirmation que la réussite de Mysterious skin n’était pas un coup de bol. Pas grave, ce sera pour une autre fois, et on laisse le cinéaste s’en tirer cette fois-ci au nom d’un droit à la paresse qu’on ne serait lui dénier. Araki se contente de peu, oui, mais au moins Smiley face, dans son genre, est-il réussi, et il vaut toujours mieux réussir un petit film que de s’écraser sur le mur des ambitions. D’autant que le film nous permet de mesurer le talent d’Anna Faris, excellente en chiffe molle engloutie et dépassée par son trip, et nous offre une formidable scène où tombent du ciel les pages arrachées au manuscrit du Manifeste du Parti communiste de Marx, si. Bref, un film qui mange quelques gâteaux qui font rire, mais pas de pain.

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