PARTAGER
1
sur 5

Breakfast of champions est un film malade. Tiré du roman homonyme de Kurt Vonnegut Jr (1973), le scénario entrelace les trajectoires de deux personnages que tout semble opposer, bien qu’ils soient l’un et l’autre, dans un genre différent, complètement illuminés. Le premier se dénomme Dwayne Hoover (Bruce Willis) : riche concessionnaire de voitures et figure notable de Midland City, il se demande où va sa vie, peu aidé il est vrai par une femme sous tranquillisants qui passe son temps devant le petit écran (Barbara Hershey), un fils musicien tout droit sorti de Velvet Goldmine et scotché à son Bontempi (Lukas Haas), une maîtresse nunuche (Glenne Headly) et un associé obsédé par le travestissement (Nick Nolte). Le second, Kilgore Trout (Albert Finney), est un écrivain de troisième zone invité à son plus grand étonnement par le Festival d’Art de la ville de Dwayne. D’où rencontre et… choc. L’univers de Breakfast of champions fonctionne sur le mode du cartoon, et la mise en scène d’Alan Rudolph -que l’on connaissait sous un jour plus classique- est à l’avenant.

Au menu, donc, cadrages obliques et frénésie visuelle post-psychédélique (avec des effets d’une laideur rarement atteinte, comme ces inserts de lettres colorées qui pénètrent le cerveau de Dwayne). De la surcharge comme maître-mot. On perçoit à peu près la question majeure que pose le film : qu’est-ce qui se cache derrière le capitalisme américain ?, ou les mille et une névroses du parfait Yankee. Mais le ratage du film est tel qu’il confère à l’absurde : on a rarement vu autant de gags tourner à vide, autant de bifurcations de ton qui ne mènent nulle part, autant d’acteurs se compromettre (seuls Albert Finney et le jeune Lukas Haas limitent la casse, mais il faut voir Nick Nolte se trémousser en dessous rouges pour saisir l’ampleur du désastre). Breakfast of Champions a donc le mérite de l’inédit, là où les limites du non-sens se font cruellement ressentir, et laissent le spectateur abasourdi devant une telle suite de délires échouant les uns après les autres.