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2
sur 5

Après trois ans de monopole Marvel, la promesse d’une bonne dérouillée entre les deux cadors de Warner-DC a quelque chose de salvateur. D’autant que la firme, à la manière d’une ado gothique à la fois un peu gourde et un peu géniale, persiste dans ses gros efforts de distinction avec sa rivale : là où les guéguerres internes des Avengers semblent indiquer une fin de cycle (ils devraient se bastonner entre eux dans le prochain Captain America, censé sonner le glas de l’innocence Marvel), le choc des titans de Batman v Superman : L’Aube de la justice indique plutôt une renaissance. Il faut comprendre le sous-titre de deux manières : il s’agit d’exposer la genèse de la Justice League, mais aussi de faire table rase de la crise existentielle vécue par le Dark Knight, pour mieux revenir à la source des concepts d’héroïsme et de justice. Hélas, ce retour aux fondamentaux s’accompagne d’une lourde dissert’ autour de la distinction spinozienne puissance/pouvoir (est-il possible de détenir le pouvoir sans faire le Mal ? La question est formulée environ cinq fois au cours du film).

Reste que Zack Snyder est peut-être le seul maître d’oeuvre susceptible de traiter ces questions-là sans sombrer tout à fait dans le grotesque. Parce que le clash Batman/Superman suppose de raconter une lutte entre deux conceptions adverses de la justice en Amérique, deux fantasmes sécuritaires qui font toute la schizophrénie de la nation – et dont Snyder a déjà fait son miel avec brio dans ses précédents films. D’un côté, Superman incarne un idéal patriotique aux accents puritains et totalitaires ; de l’autre, Batman est un vigilante doublé d’un self-made man, qui entend rendre justice lui-même et se méfie des autorités publiques. Leur combat, c’est donc un peu le Rambo de Rambo 2 contre le Paul Kersey du Justicier dans la ville. On imagine quel terrain de jeu offre cette rencontre à Snyder, cinéaste « divers droites » fasciné par toutes les formes de fascisme (mythe du surhumain de 300 à Man of Steel, vigilantisme drastique dans Watchmen, et bientôt libertarianisme avec son adaptation de La Source Vive d’Ayn Rand). Aussi, pendant un bon moment, la rivalité de ces deux forces-là habite franchement le film : Snyder penche du côté de Bruce Wayne, l’outlaw fielleux, et fait de lui un bloc de haine en fusion, peut-être moins complexe que chez Frank Miller mais fort d’un mélange inédit de balourdise (la stature de Ben Affleck + la nouvelle armure renforcée) et de violence imprévisible (il tue désormais à la Kalach’). Face à lui, Superman est mis en procès (il sera même convoqué au tribunal) et se retrouve à la fois contre le monde et contre la chauve-souris – dommage que Clark Kent soit traité par le film à peu près comme une coquille vide, bornée à répéter que Batman n’est qu’un auto-justicier dangereux pour la société.

Snyder n’a pas son pareil pour rendre leur superbe à ces figures de propagande : insistant sur la surhumanité des adversaires (saisis torse-nu en train de pousser des blocs de marbre ou de se mitonner des breakfasts riches en protéines), sa griffe parait guidée par une exaltation absolument sincère. Et si le script passe un temps fou à disserter sur la légitimité des super-héros, à dénoncer l’éventuel fascisme larvé dans leur obsession pour la justice, sa mise en scène semble chercher à contrebalancer subrepticement ces atermoiements moraux par un éloge constant de leur toute-puissance. Il faut le voir juxtaposer, dans la même séquence, les attaques lancées contre Superman par les médias effarouchés et le sauvetage héroïque d’une femme en larmes, sur un mode quasiment riefenstahlien qui rend l’admiration pour cette vieille idole parfaitement contagieuse, loin de toute ironie.

Dommage qu’au terme du choc des titans, voués bien sûr à se rabibocher, cette fascination finisse par se noyer dans le potage philosophique : les hommes peuvent-ils l’emporter sur les dieux ? Et Superman est-il bien un dieu étant donné qu’au fond, il ne cherche qu’a protéger sa maman qui, d’ailleurs, se prénomme comme celle de Batman ? L’art du premier degré décomplexé de Snyder résiste mal à ces lourds questionnements, mêlés en plus à un méli-mélo freudien qui pointait déjà le bout de son nez au début du film (au gré d’une énième, quoique élégante, version de la scène primitive ayant conduit le petit Bruce à se faire chauve-souris). Et du combat tant promis ressortiront deux vainqueurs, les mêmes que d’habitude : la mystique superhéroïque et le fan-service, livré à un public qui, parce qu’il manque cruellement de mythes, a fini par devenir bien peu regardant.

  • Lol y a pas de note

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  • Lol y a pas de note

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  • Watchmen bénéficiait d’un excellent comics mais la baudruche Snyder-cinéaste bourrin et assez idiot-fini enfin par se dégonfler mais sans doute pas assez pour qu’un public peut regardant comme vous le dites cesse d’aimer ce genre de daube

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  • Étrange cette clémence envers Snyder. Vous êtes plus exigeants avec Innaritu

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  • ateman

    Batman v Superman : L’Aube de la Justice

    Film Complete… BIT.LY/1pJUkvz

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  • Yahiko Uzumaki

    « […] un public qui, parce qu’il manque cruellement de mythes, a fini par devenir bien peu regardant. »
    Il y a beaucoup de vrai dans cette dernière phrase.