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C’est en laboratoire qu’il faudrait voir Arrête de pleurer Pénélope, sous une lumière chirurgicale, entouré d’experts en blouses et d’appareils de mesure. Il faudrait se servir de la science parce que l’ahurissante laideur du film (qui est partout, dans le style, le caractère et l’humour des trois filles, la vulgarité des formes) perturbe la moindre tentative de jugement rationnel. Faire abstraction de cette laideur, ranger ce problème au rayon d’une affaire de goût pour tenter de débusquer un film et de réussir à en parler, voilà le défi.

Tout a commencé il y a quinze jours : un puissant signal rose était émis dans toutes les grandes villes de France, clignotant dans les couloirs de métros, à l’arrière des bus, sur les colonnes Morris, partout. Ce signal c’est l’affiche du film, d’une violence graphique rare. Sur un fond fuchsia aveuglant, les trois filles serrées entre elles se poussent du coude, signifiant que la réclame est au complet, que pour les bonhommes c’est dehors. Arrête de pleurer Pénélope s’ouvre d’ailleurs par-là : week-end à la campagne pour les femmes (pour vendre une baraque reçue en héritage, très jolie mais qu’elles trouvent hideuse – mystère), corvée de popote pour les époux à qui l’on dit : « Ecoute Minou, tu sais gérer cinq cents employés, tu peux bien gérer deux enfants, non ? ». A partir de là, le film n’a plus qu’à ratisser large dans le champ du cliché : l’hommasse vs. la midinette, la citadine vs. les ploucs, la maison à souvenirs, la trentenaire à névroses, etc. Faire le point sur la libido aussi, laisser déraper l’oeil sur le limonadier du village – pour les deux autres copines, un minet sur sa mob et un vieux pousseur de dominos.

Corinne Puget et Juliette Arnaud jouent la ronde fermée des frénésies féminines, le délire de copines en circuit clos, évoquant un peu les entreprises de Valérie Donzelli ou Dorothée Sebbagh (cette dernière restant de loin, avec Chercher le garçon, la plus sympathique du lot). Mais cette fois le niveau est tout autre : fini l’ambition Nouvelle vague, place à la grosse rigolade M6, Café de la Gare et mélanges comiques divers, références coupées en petits dés, moins façon cocktail que macédoine (Veber, Chabat, les Inconnus, Youn, mais aussi Mes meilleures amies, Very bad trip, etc.). Conséquence, de dangereux écarts de vraisemblance et de réalisme entre le simple numéro d’acteur et le burlesque pur, le vaudeville doux-amer et le graveleux trash – un pur cauchemar syntaxique. En essayant d’aller chercher au-delà de ce qu’Arrête de pleurer Pénélope a de simplement désagréable à l’oeil et à l’oreille (intenable scène des assiettes jetées par terre), rien d’autre à trouver qu’un film à l’écriture squelettique, invraisemblablement décharnée. On découvre aussi qu’en réalité, ses prétentions à la causticité viennent de ce qu’entre les trois copines qui rigolaient sur l’affiche, une espèce de haine circule en permanence, une intarissable soif de s’humilier en groupe. Triste tableau.