Avec son pitch antonionien (une nuit de biture à reconstituer en un film), Very bad trip déplace en quelques plans son horizon de grosse farce pour apprentis bizuts d’école de médecine (l’humour arrogant et très gosse de riche de Todd Phillips) pour côtoyer une zone inédite de la comédie US – une longue et sinueuse dérive surréaliste. L’ellipse où disparaissent les quatre clampins du film (au cours d’un enterrement de vie de garçon à Las Vegas) ouvre le film sur lui-même, dans une logique d’accumulation incontrôlée de scènes où les indices de la nuit « manquante » pleuvent comme autant de trous noirs avalant tout ce qui précède. Dans ce foutoir proche de l’écriture automatique débarque une guirlande de figures aberrantes et nonsensiques (un tigre, un bébé, un Chinois demeuré et Mike Tyson débarqué de nulle part) embrasant la mise en scène comme une traînée de poudre. A cet instant, Very bad trip atteint une intensité et une liberté burlesque proches de la pure sauvagerie (sommet : le réveil au petit matin). La performance hallucinée de Zach Galifianakis, ours barbu éberlué et sosie du Joaquin Phenix dernière période, ajoute à l’état somnambule qui se propage au fil des scènes.

Mais cette montée en puissance est paradoxale : condamné à remonter le fil de son enquête (le futur mari a disparu, enclenchant un compte-à-rebours mortel à la manière du jouissif Road trip), le récit perd en mystère et se dégonfle rapidement comme un soufflet, déshabillant le film de tout ce qui fait son charme. Ne reste alors que la maîtrise – souvent remarquable – du cinéaste à faire durer l’enchantement au-delà des limites du raisonnable (la scène de mariage avec le chanteur grivois). Mais le fond légèrement Mickaël Younien du film, sa manière de jouer les rebelles tout en effaçant d’un revers de manche la grande entreprise de destruction engagée par sa géniale ouverture (le happy ending longuet et tristement hygiénique), tout cela sépare définitivement une telle bête de compétition de l’admirable finesse farrellienne (voire des Beaux gosses et de leur authentique beauté cracra). S’il se vide ainsi progressivement de sa substance au point de devenir exsangue, Very bad trip triomphe malgré tout lors de son générique de fin – un hilarant photo-montage révélant les mystères de la nuit de biture des quatre clampins.

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