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3
sur 5

Stefan aus dem Siepen s’est fait connaître en 2012 en Allemagne avec La Corde, récit au scénario astucieux (dans un village en lisière de forêt apparaît le bout d’une corde : qu’y a-t-il à l’autre bout ?). Même s’il a moins de prétention à l’universel, l’action n’ayant plus lieu dans une époque ni un lieu indéterminés mais à Nagoldshausen, ville d’Allemagne (imaginaire certes), de nos jours, le Géant relève du même registre, avec la même naïveté apparente, le même arrière-plan moral, la même ambiance de conte.

Le héros, Tilman, est un garçon banal, terne, sans ambition. Sa particularité, c’est sa taille : son hypophyse déréglé le fait grandir de manière ininterrompue. A 17 ans, il dépasse 2 mètres. Impossible pour cette raison de reprendre l’entreprise familiale (couverture de toits) ; impossible aussi de rejoindre l’armée. Les gens le regardent avec méfiance ; il se sent vaguement monstrueux. Unique en son genre, Tilman se replie dans sa coquille, mal à l’aise dans une société conformiste qui bannit les fantaisies. « Aujourd’hui, tout est ramené aux dimensions normales, lui dit le médecin militaire. Il n’y a plus de place pour les géants ; nous n’avons plus besoin que d’hommes prêts-à-porter ».

Le Géant est une fable sur la différence, le conformisme, le regard des autres, façon Edward aux mains d’argent ou Elephant Man. Les rebondissements sont convenus : Tilman trouve l’amour ; Tilman, d’abord, rejeté par la foule, est finalement adulé par la presse ; il accède à la gloire mais se morfond de n’être admiré que pour sa taille… « Il était un monstre humain, affligé sa vie durant d’un corps épouvantable qui ne se laissait aimer à aucun prix. Pour compenser une tare aussi énorme, il lui aurait fallu posséder une surabondance de qualités non physiques, et ce n’était bien sûr pas son cas ».

Le style un peu lisse de l’auteur, l’atmosphère sage du récit, peuvent frustrer ; jusqu’au bout, on attend la noirceur, l’explosion de violence qui semble bouillir sous la cloche, en vain. Le Géant reste un conte romanesque aimable, tout en étant paradoxalement plus convaincant que La Corde qui, passé son génial point de départ, s’enlisait dans une mécanique un peu répétitive. Proche de la tradition du Bildungsroman, avec un zeste de fantastique et une pointe d’ironie, ce roman confirme le talent tout en nuances du juriste de Postdam.

Traduit de l’allemand par Jean-Marie Argelès.