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Les nouveaux Goncourt, Edouard Louis partout… Quoi de neuf en 2016 ? Panorama express en quelques quasi-tweets, de 140 signes à peu près.

Goncourt. Donc, l’Académie Goncourt a élu la semaine dernière deux nouveaux jurés, en remplacement d’Edmonde Charles-Roux, atteinte par la limite d’âge, et Régis Debray, qui en avait ras-le-bol. Résultat : Virginie Despentes et Eric-Emmanuel Schmitt ont désormais leur couvert. Euh… #bizarre. 

Bowie. Des fois, les romanciers devraient se contenter d’écrire des romans, et s’abstenir de toute prise de parole dans le débat public. Car à chaque fois ou presque, ils disent des conneries, ou des banalités : attentats de novembre, etc. Aujourd’hui, Laurent Binet qui pète les plombs en expliquant que Bowie est l’antidote aux identitaires. Surfer sur la mort de Bowie pour dire du mal de Nadine Morano, fallait y penser. #portenawak.  

Tournier. L’auteur du Roi des aulnes, mort à 91 ans. #totalrespect.

Pognon. Claro relève la chose (tiens, son site fait peau neuve, en 2016) : David Foenkinos fait des ménages. Le 17 décembre, Visa (les cartes de crédit) offrait aux possesseurs d’une carte « infinite » une rencontre exclusive avec lui. « Reçu dans les meilleures conditions, vous conversez avec l’auteur, de la façon la plus conviviale qui soit. Profitez-en pour évoquer avec lui, en toute spontanéité, l’amour dans son œuvre ou sa passion du jazz, sa méthode d’écriture ou encore la genèse de son roman Charlotte, prix Renaudot 2014 ». Bah, y’a pas de mal. #chacungagnesaviecommeilpeut.

Hyperécrivain. Peut-on lire un journal sans tomber sur Edouard Louis, ces jours-ci ? Offensive média carabinée. De Pierre Assouline, ce mot : « On lui donnerait le bourdieu sans confession » (ah ah). Pour ne rien arranger, son pote Geoffroy de Lagasnerie (ces gens fonctionnent en mini-réseau fermé, Jourde s’en moque) sort ces jours-ci un livre sur le pouvoir judiciaire, au ton très seventies, où il croit découvrir l’eau chaude. Attaque massive de perroquets foucaldo-bourdieusiens… #fatigants.

2 millions. Garth Risk Hallberg débarque en France avec son City on fire (Plon), premier roman en or massif qui a fait culminer les enchères aux Etats-Unis avec un à-valoir de 2 millions de dollars. Toute la presse fait ses titres là-dessus. Et le livre, il est bien ? #marché.

Come-back. Bon sang, Daniel Lindenberg revient ! Rappelez-vous : le moustachu, auteur du Rappel à l’ordre en 2002. Nouvelle édition de ce petit pamphlet prémonitoire bâclé et réapparition dans la presse, avec un papier gloubi-boulga dans un dossier non-moins gloubi-boulga du Monde sur les néo-réacs, le 456e du genre depuis trois ans. #mort-vivant.

Fiodor. Cinquième tome de la retraduction complète des romans de Dostoïevski par André Markovicz, chez Actes Sud. #monument.

Quinzaine, quinzaines. Toujours le bordel à la Quinzaine littéraire. La nouvelle patronne Patricia de Pas répond aux dissidents, qui fondent leur propre canard (en ligne), En attendant Nadeau. Du coup, on a deux journaux au lieu d’un : pas une si mauvaise affaire, sous cet angle… #guéguerre.

Anti-conseil. « Nelly Kaprièlian trouve une voix qui n’est qu’à elle, pour continuer de sculpter les thèmes déjà centraux du Manteau de Greta Garbo » (Nathalie Crom dans Télérama sur Veronica, deuxième roman de Nelly Kaprièlian, Grasset). #copaincopine.

Conseil. Notre Château, d’Emmanuel Regniez (Le Tripode). On a trouvé le Edward Gorey frenchy. Premier roman, petit coup de maître. #découverte.

  • Je suis un homo dans le Nord sortez moi de la

  • Jean Damien

    « L’amour en général passe par l’amour de la langue, qui n’est ni nationaliste ni conservateur, mais qui exige des preuves. Et des épreuves. On ne fait pas n’importe quoi avec la langue, elle nous préexiste, elle nous survit. Si l’on affecte la langue de quelque chose, il faut le faire de façon raffinée, en respectant dans l’irrespect sa loi secrète. C’est ça, la fidélité infidèle : quand je violente la langue française, je le fais avec le respect raffiné de ce que je crois être une injonction de cette langue, dans sa vie, son évolution.
    Je ne lis pas sans sourire, parfois avec mépris, ceux qui croient violer, sans amour, justement, l’orthographe ou la syntaxe « classiques » d’une langue française, avec de petits airs de puceaux à éjaculation précoce, alors que la grande langue française, plus intouchable que jamais, les regarde faire en attendant le prochain. »

    Jacques Derrida : « Je suis en guerre contre moi-même », dans Le Monde, édition du 18 août 2004.