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2
sur 5

Mulder et Scully accusent le poids des années: une grosse décennie s’est écoulée depuis leurs dernières aventures, les complotistes ont pignon sur YouTube et l’humanité est – bien évidemment – plus que jamais menacée dans l’ombre. X-Files revient donc en grandes pompes pour six petits épisodes, prête à revendiquer sa place au panthéon du genre. Alors que la série reprend du service sur M6, tronquée de ses plans les plus juteux comme à la grande époque de la Trilogie du Samedi, la vérité sur ce revival attendu au tournant est ici.

Le premier épisode rassure, surprend à grands coups de montages dignes de JFK. On s’enthousiasme même grâce aux partis pris osés qui remettent presque la mythologie de la série à zéro. Il y a ainsi plus d’activité et de présence extraterrestre en quarante minutes que durant toutes les premières saisons. En outre, même s’il est parfois maladroit (en 2016, des blagues capitalisent encore sur l’utilisation de Google), le saut dans la modernité de la série de Chris Carter semble réussi. Nous sommes loin de Scully qui allait “appeler Internet” dans les nineties. Hélas, le soufflé retombe rapidement. Les épisodes suivants sont des loners (ces fameux épisodes hors mythologie et complot alien aussi appelés monster of the week) qui, sans être désagréables, ne font que nous rappeler pourquoi la série était si prenante … il y a vingt ans de ça. En faisant fi de ses enfants plus ou moins légitimes (quasiment toute l’oeuvre de J.J. Abrams, mais aussi 24 et d’autres grands noms de la série parano) et en revenant avec une sorte d’album de reprises paresseuses de ses greatest hits comme si elle était en terrain conquis, X-Files rate le coche. Certes, revoir Mulder et Scully aux prises avec d‘apprentis Frankenstein, des monstres, des croque-mitaines et même l’Homme à la Cigarette fait toujours plaisir, mais n’était-on pas en droit d’attendre plus que du fan service digne du dernier Star Wars pour ce grand retour ?

Si le plaisir nostalgique fonctionne bien, la sensation d’être face à du X-Files trop confortable pour son propre bien se fait prégnante. Le troisième épisode, absurde et décalé, mettant en scène un monstre confronté à la tragédie de devenir humain et ennuyeux en est symptomatique. Ce qui surprenait il y a une quinzaine d’années et a permis à des épisodes comme Le Shérif a les Dents Longues ou Faux Frères Siamois de devenir des classiques paraît banal aujourd’hui et presque forcé dans l’exécution. A l’heure où des séries entières basées sur ce ton absurde et décalé ont été diffusées, X-Files fait figure de vieille radoteuse à la poursuite d’une flamme qu’elle ne porte plus. Paradoxalement, c’est avec son épisode le plus polarisant, Babylon, mêlant le terrorisme djihadiste à un l’humour provocateur, du paranormal à dimension cosmique à de l’auto-parodie méta et des thèmes ésotériques à du grand délire embarrassant que cette nouvelle fournée prend enfin un risque salutaire. Même si l’épisode divise – certains y voient de la provocation politique facile et d’autres une purge de plus à l’actif de Chris Carter -, il ne laisse pas indifférent. La prise de risque ne rend pas l’épisode parfait pour autant (certaines de ses scories demeurent très gênantes) mais comme le deuxième film adapté de la série sorti en 2008, on sent la volonté d’émanciper la série de son passé et de raconter autre chose sans pour autant parvenir à faire un home run.

A l’inverse, l’épisode final (et suite du season premiere), cheap comme un téléfilm NRJ12, tourne à la mascarade grotesque et détruit méthodiquement toutes les pistes intéressantes lancées par la première partie. L’apocalypse se résume à un gros embouteillage, des stock shots de documentaire alarmiste sur l’état du monde et … des prises de sang. Pire, en un flashback que l’on croirait issu d’un vulgaire James Bond, toute l’aura de l’Homme à la Cigarette est réduite à néant, le transformant en méchant d’opérette pathétique et ricanant. Si Chris Carter et consorts avaient voulu montrer qu’ils n’ont plus rien à faire de leur série, ils ne s’y seraient pas pris autrement. L’apex est atteint par un cliffhanger balourd au possible, nous défiant presque de revenir pour la suite et aux allures d’ultime doigt d’honneur… Face au triste spectacle de la “George Lucas-isation” de Chris Carter, force est de constater que malgré le plaisir de revoir Mulder et Scully en 2016, les X-Files avaient fait leur temps et n’avaient pas quitté l’antenne pour rien.