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sur 5

Comment ont-ils pu faire ça à Sonic ? Réduit à l’état de vulgaire mascotte multi-plates-formes à la Rayman, le hérisson bleu de Sega n’est plus que l’ombre de lui-même, il ne fait désormais plus le poids face aux délires de plus en plus psychotropes de son antagoniste de toujours, le plombier velu et jovial de big N, parti se trouver une nouvelle jeunesse sur les plages iridescentes de Mario sunshine. Episode de la dernière chance, Sonic heroes se posait comme un strict retour aux sources supersoniques, gommant les erreurs du passé, redonnant du tonus à une série de plus en plus marginale et désemparée. Du « ride » et rien que du « ride », des courses hallucinées, des loopings vertigineux, des grinds dantesques, a priori tout ce qu’on a toujours aimé chez Sonic, cette simplicité presque foraine, mise à mal, dans les Sonic adventures, par d’interminables recherches de cristaux, des phases de shoots mollassonnes ou des parties de pêche à l’intérêt douteux. Back to the roots donc, avec tout de même un petit bonus réflexif, puisqu’on dirige ici une équipe de trois personnages aux capacités complémentaires. Une sorte de Lost vikings pour gamers pressés, un concept un peu casse-gueule dans lequel la Sonic Team n’a d’ailleurs pas manqué de se fourvoyer : peu et mal exploité, le côté réflexion de Sonic heroes ne sert pas à grand-chose, si ce n’est servir de caution pseudo-intello à un jeu d’arcade incroyablement mal foutu.

Sonic n’est en effet jamais parvenu à se débarrasser de son complexe d’infériorité face à un Mario qui gagnait en profondeur au gré d’épisodes de plus en plus riches et complexes. Trop préoccupée à donner à sa mascotte un semblant de substance, la Sonic Team ne s’est jamais vraiment souciée de soigner l’adaptation d’un gameplay délicat aux contraintes drastiques de la 3D. Or, pour Sonic heroes le boulot n’a toujours pas été effectué. Les caméras virevoltent dans tous les sens sans aucune logique et sans qu’on puisse les contrôler de manière efficace. La maniabilité est beaucoup trop approximative. Le repérage dans un contexte 3D manque de lisibilité et la gestion des collisions est on ne peut plus hasardeuse. Au bout de tant d’épisodes, ça commence à faire tâche… A tel point qu’on est en droit de se demander s’il était vraiment nécessaire de bousculer les habitudes de ces bons vieux Sonic période Megadrive en tablant sur le jeu en équipe, pour un résultat toujours aussi bancal. Ce qui constitue l’essence même du jeu d’arcade, son obligation contractuelle de fournir au gamer un challenge de haut niveau blindé par une maniabilité irréprochable, Sonic heroes en est totalement dépourvu. Cela rend le jeu plus pénible que jouissif, et c’est d’autant plus tragique qu’il n’est pas avare en bonnes idées et en sensations… Malheureusement l’ivresse de la vitesse ne peut rien y changer : Sonic heroes est une atroce déception, un accroc sérieux à une série sur le déclin, un nouveau symptôme de l’inquiétant désarroi créatif dans lequel Sega s’est noyé depuis la mort de la Dreamcast.

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