Régulièrement, la presse française s’enrichit (?) de journaux parodiant les grands titres existants. On se souvient de L’Immonde et de L’aberration et voici que déboule Téléfatras, parodie nauséabonde de Télérama publiée par un organe proche du Front national. Malaise.

Sur la couverture, une photo pleine page de Maurice Papon le sourire aux lèvres. En médaillon, une petite image de Le Pen avec ce titre « Le Pen : la contrition ». Au-dessus du titre, un bandeau-annonce avec cette phrase :  » Mémoire : êtes-vous Paponmaniaque ou Paponnégatif ? Notre grand test repentance. » Non, vous n’êtes pas en présence du nouveau numéro de National Hebdo mais de Téléfatras, pastiche trimestriel de Télérama édité par la SAHN (Société anonyme National hebdo,ndlr), société de presse d’extrême-droite proche du parti de Jean-Marie Le Pen. L’intérieur est à l’image de la une : 26 pages reprenant fidèlement le déroulement et la présentation de l’hebdo télé avec le courrier des lecteurs, des fausses pubs, des interviews bidons, des critiques, etc… Bref, l’ordinaire d’un pastiche. Sauf que là, les seuls thèmes du soi disant humour dérisoire de Téléfatras sont le nazisme, Vichy et l’antisémitisme. Petit florilège de l’humour (!) du magazine : une fausse (?) interview de Le Pen : « …je vous prie de croire que je procéderai à une épuration draconienne des collaborateurs de l’invasion-immigration…Et ça englobera bien sûr les grands médias pourris. » Tiré à 300 000 exemplaires, la périodicité annoncée de Téléfatras est trimestrielle, mais il y a fort à parier que ce numéro restera un one shot et qu’il n’y aura pas de Téléfatras

Aussitôt publié, Télérama entamait une action en justice contre son pasticheur pour motifs de contrefaçon de logo, de parasitage des ventes et d’antisémitisme. Suivi sur ce dernier point par la LICRA. Action en justice perdue car le juge des référés s’est déclaré incompétent pour juger le fond de l’affaire et a estimé que la diffusion de Téléfatras ne pouvait pas porté préjudice à Télérama. L’affaire est donc renvoyée devant les tribunaux, et il se murmure même que le parquet pourrait à son tour porter plainte contre Téléfatras.

En attendant donc une autre décision de justice, le journalcontinue d’être distribué dans les kiosques. Chez les NMPP (Nouvelles messageries de la presse parisienne), distributeur de Téléfatras, on précise que « pour ce qui est du contenu, tant que les magazines n’appellent pas à l’insoumission ou à la pédophilie, nous n’avons pas le droit d’instaurer une censure. Télérama peut engager des poursuites, mais tant qu’il n’y a pas de décision de justice, les NMPP n’ont aucune raison de censurer.

Du côté de Télérama, on a un peu de mal à avaler la pilule. Marc Lecarpentier, directeur de la rédaction explique : « nous n’avons rien contre l’humour et le pastiche mais nous sommes scandalisés quand ce pastiche sert à mettre en valeur des idées qui sont contraires aux nôtres. Nous ne pouvons qu’être scandalisés par la lecture de Téléfatras.

Reste à attendre trois mois pour savoir si la SAHN continuera avec Téléfatras ou bien si elle jettera son dévolu nauséabond sur un autre titre. A moins que d’ici là, la justice ne condamne lourdement la société pour racisme et antisémitisme…

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