Remarqué après le succès de son roman « Extension du domaine de la lutte », Michel Houellebecq ne s’est pas laissé distraire d’une œuvre qui témoigne d’une confiance illimitée dans le pouvoir des mots.

Depuis la publication d’Extension du domaine de la lutte en 1994, Michel Houellebecq a accueilli le succès comme un bonheur dérisoire. La seule vraie joie, pour l’écrivain, est de réussir à mettre ses obsessions, ses angoisses et ses espérances en mots. Accomplissement sublime que Michel Houellebecq connut dès 1991 avec la publication de Rester vivant et de La Poursuite du bonheur, ses deux premiers recueils de textes, poèmes et notations.

Quelques mois avant, il avait fait paraître un H.P. Lovecraft contre le monde, contre la vie. Ce serait une erreur de ne pas tenir cet essai pour un livre personnel. Les lecteurs attentifs d’Extension du domaine de la lutte y reconnaissent quelques intuitions : constat de la futilité de l’écriture réaliste, mépris pour le règne de la marchandise et dénonciation du libéralisme sexuel. Mais la première manifestation du talent de Michel Houellebecq date bien de la parution de Rester vivant et de La Poursuite du bonheur. Seul dans son époque, cet écrivain osait parler en poète du cauchemar contemporain. Finis les cocktails colorés, les voitures de sports et les lolitas des romanciers néo-hussards. Finis l’engagement dérisoire et les proclamations péremptoires des auteurs de polars. Michel Houellebecq osait enfin parler d’un monde où partout l’angoisse s’est substituée à la foi.

Il importe peu de savoir que la première édition de ses poèmes n’a eu que quelques centaines de lecteurs et que leur réédition en a aujourd’hui quelques milliers. Cette arithmétique ne compte pas. Le poète, celui qui vit avec ses mots, est bien placé pour le savoir. « J’ai choisi les mots comme seule arme, j’ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir« , explique Michel Houellebecq. Des mots qu’il emploie en poète, en romancier, en moraliste. Des mots qui disent le poids des corps et la hantise du pourrissement. Des mots traversés par des visions, témoins d’une éternité niée. « Nous avons besoin de métaphores inédites, lit-on dans Le Sens du combat ; quelque chose de religieux intégrant l’existence des parkings souterrains. » Des mots qui savent devenir impératifs : « Cela fait cinq siècles que l’idée du Moi occupe le terrain, il est temps de bifurquer.

Sébastien Lapaque

Biblio de Michel Houellebecq :

H.P. Lovecraft contre le monde contre la vie, Le Rocher, 1991

Extension du domaine de la lutte, Maurice Nadeau, 1994, J’ai Lu, 1997, 19 F.

Le Sens du combat, Flammarion, 1996

Rester vivant, La Poursuite du bonheur, Flammarion, 1997

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