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4
sur 5

Lancée en catimini par FXX, Major Lazer se pose en héritier très tardif de la courte lignée de spin offs animés d’actes musicaux célèbres. Après Mc Hammer et les New Kids On The Block, Major Lazer, consciente du côté balourd de ce genre d’entreprises prend le parti de pousser le délire le plus loin possible, bien aidée par son cast allant de Adewale Akinuoye Agbaje à Andy Samberg en passant par J.K. Simmons, Aziz Ansari, Riff Raff et autres grands noms de la scène musicale.

Lointain cousin jamaïcain de Cobra (celui de l’anime, pas le Dirty Harry en jean moule burnes de Stallone), Major Lazer arbore un canon laser dévastateur à la place du bras, porte des micros en bandoulière et gère un strip club où dansent des hologrammes. Alors qu’il passe le plus clair de son temps à essayer de profiter de la vie, le Major est régulièrement sollicité par Penny, une écolière dont il est devenu l’ami et BLKMRKT, un Asiatique qui parle comme un Jamaïcain, pour contrecarrer les plans du diabolique président Whitehall. En plus d’être le père de Penny, ce dernier déteste tout ce que la Jamaïque représentait avant de devenir la première puissance mondiale et son programme politique est de gâcher la fête. Pour cela, il peut compter sur son homme de main, le General Rubbish, dont le bras droit est un 33 tours faisant office de scie circulaire mais aussi sur des vampires amateurs de balades sirupeuses, des monstres antiques faits de weed ou encore Double Cup, un super vilain dont le plan est de contaminer l’eau du pays avec du sizzurp, ce fameux sirop pour la toux ultra-codéïné que Lil’ Wayne affectionne tout particulièrement. Voilà pour le programme de cette série que l’on jurerait échappée des grilles d’Adult Swim, mais qui s’est révélée trop délirante même pour le Shangri La de l’absurde qui l’avait un temps développée avant de jeter l’éponge.

Dépassant rarement les huit minutes, les épisodes n’ont pas le luxe d’être rébarbatifs comme peuvent l’être certains programmes d’Adult Swim. Au contraire, chaque épisode peut être vu comme une furieuse fuite en avant et une course contre la montre dont l’objectif est de raconter une histoire (dont le postulat est souvent aux confins de la débilité, il faut l’admettre), mettre en avant un ou deux sons de Diplo (l’éminence grise du projet musical Major Lazer) et tenter tant bien que mal d’amener un peu de profondeur à cet univers. Une mission a priori impossible en si peu de temps que les créateurs de la série accomplissent très régulièrement en assumant tout simplement ce qu’ils font et en se refusant à n’être qu’un pis aller pour stoners s’achevant devant leur écran de télévision (ce qui semble, pour le meilleur et parfois pour le pire, être la note d’intention première de la production d’Adult Swim).

Si Major Lazer est une réussite, c’est parce que l’accent est mis sur son rythme et sa narration hyper speed, aux antipodes de l’indolence que l’on imaginerait produite par la consommation d’un joint. Si Major Lazer devait être comparée à un stupéfiant, ce serait plutôt l’ecstasy. A cause (ou plutôt grâce) à la courte durée des épisodes, la série est contrainte de trouver des solutions en terme d’écriture et de mise en scène. Faisant fi des figures imposées de ce que l’on appelle un « bon » scénario (oubliez les structures en quatre ou cinq actes ou les huit ou douze étapes faisant de votre histoire une excellente histoire…), les auteurs de Major Lazer font ressortir leur Usain Bolt intérieur et ne font que tracer vers la ligne d’arrivée de chaque épisode dans un feu d’artifice de générosité visuelle et narrative.

L’intro, souvent réduite au strict minimum, les épisodes enchaînent les phases présentées comme des clips renvoyant logiquement aux fameux Hold The Line ou Get Free de Major Lazer avant de se transformer en un clin d’oeil en scènes de combat épiques quand elles ne sont pas elliptiques et malgré tout furieusement évocatrices. Un épisode au montage tonitruant enquille plusieurs combats avec l’idée suivante : un plan suffit à rendre jouissif et furieux la mise en échec d’un redoutable adversaire tout en ne nous montrant quasiment rien du combat. Ceci n’est qu’un exemple mais chaque épisode a son lot de trouvailles en faisant un intéressant objet d’étude de nouvelles approches narratives, expérimentales et complexes dans leur construction et dont l’objectif reste éminemment louable puisqu’il s’agit d’offrir un maximum de fun à ses spectateurs. En cela, le son de Major Lazer, cool, léger et festif, ne pouvait pas trouver meilleure vitrine.