Canal+ diffusera dès ce soir, et en intégralité sur Canal+ à la demande, les douze nouveaux épisodes d’Engrenages, prenant visiblement exemple sur Amazon et Netflix. Deux ans après la fin de la quatrième saison, la DPJ du 19ème arrondissement reprend du service. La chaine cryptée est coutumière du fait puisqu’il avait également fallu attendre deux ans entre la première et la seconde saison de Braquo. Quant aux Revenants, on les attend toujours…

La mort de Sami dans une explosion constituait le point final de la saison 4 et plongeait les équipes du capitaine Laure Berthaud dans le désœuvrement le plus complet. Installée dans ses nouveaux locaux, la DPJ a beaucoup de peine à surmonter la tragédie, et le choc est d’autant plus rude pour Laure qu’elle apprend qu’elle est enceinte et ignore qui, de Sami ou du commissaire Brémont, est le père. Endeuillée et très affectée par une grossesse qu’elle ne souhaite pas mener à son terme, la capitaine est bouleversée par la découverte des corps d’une mère et sa fille de huit ans attachés l’un à l’autre et jetés dans le canal de l’Ourcq. C’est cette enquête qui hantera les esprits de Tintin, Gilou, du juge Roban et de Pierre Clément tout au long d’une saison aussi sombre et rugueuse que les précédentes. L’enlisement dans cette affaire tentaculaire qui met au jour des trafics annexes terrasse les personnages les uns après les autres et les associe chacun de façon très personnelle à l’enquête.

Ecrite par Anne Landois et Simon Jablonka (scénariste pour Flics notamment) la saison brille par sa soif de spectaculaire. Comme un écho à cette volonté, le discours du préfet qui souhaite médiatiser le démantèlement d’un réseau de trafiquants d’or sur lequel travaille Gilou (Thierry Godard) nécessitant un impressionnant déploiement d’unités spéciales et la présence de journalistes. Les courses-poursuites et les interventions musclées seront légion au cours des douze épisodes, démonstrations de force d’autant plus jouissives qu’elles se présentent comme le contrepoint à l’état de ruine et de frustration dans lequel se retrouvent Joséphine Karlsson et tous les autres. Les opérations se multiplient sans jamais porter leurs fruits et la brigade exsangue tenue par ce qu’il reste de poigne à Laure Berthaud, semble désormais mue par la seule énergie du désespoir. Au cours d’une enquête qui ne sera rien d’autre que l’anatomie d’un gâchis, chacun s’épuise à faire du sur-place. Tout cela aura en fait raison de la structure même du récit qui se délite à mesure que celui-ci progresse. Enfin, une disparition aussi inattendue qu’éludée portera un coup fatal à la saison. Si les dialogues et l’interprétation, qui ont fait la réputation d’Engrenages sont, une fois encore, parfaits de bout en bout, cette saison qui démarre sous les meilleurs auspices perd progressivement en netteté. C’est ainsi que l’idée même de résolution passe à la trappe, au point que l’épisode final s’achève sans vergogne sur un cliffhanger. Choix pour le moins osé, lorsque l’on sait que la saison 6 se fera probablement attendre quelques temps.

 

 

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