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4
sur 5

Le label « 2000 en France » a réservé, pour l’instant, de très bonnes surprises. Celle-ci n’échappe pas à cette réjouissante tendance. L’exposition Utopie déborde de richesses : richesse des documents, richesse du propos, richesse de l’à-propos, richesse des programmations qui l’accompagnent (conférences, projections, débats, journées d’étude -en entrée libre, précisons-le).
Si le genre littéraire n’est nommé qu’au XVIe siècle, des textes tels que le mythe de l’Age d’or, l’Apocalypse, le jardin d’Eden, etc. le préfigurent. Il faudra attendre Thomas More pour inventer le mot « utopie » en 1516, dans son récit critique envers la Couronne d’Angleterre. Il nomme ainsi un lieu imaginaire, une île sur laquelle s’établit une société parfaite. La découverte des Amériques alimente cette idée de cité idéale rattachée à une population non encore corrompue. Les découvertes offrent en effet à l’imaginaire un terrain fertile ; les progrès scientifiques deviennent, notamment à l’époque des Lumières, une base de recherches pour une société meilleure.

Ainsi, peu à peu, l’exposition nous mène de récits et projets généralement fictionnels aux documents d’archives, textes et objets. L’utopie entre en effet dans l’histoire. Les grandes révolutions (en Amérique et en France) sont poussées par ce désir d’un monde plus juste, plus équitable. La Bibliothèque nationale présente alors un document exceptionnel : la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique proposée et écrite par Jefferson. De recherches en découvertes, de progrès en progrès, tous les espoirs des hommes se dirigent petit à petit vers les sciences et les techniques. Le XXe siècle en reste -pour l’instant- le point d’orgue. L’exposition laisse ici une large place aux arts plastiques montrant tous les espoirs que les artistes ont mis en la science. Ainsi Fernand Léger, les membres du Bauhaus, les futuristes, etc. Plus l’histoire se rapproche de nous, plus il est difficile de prendre de la distance. On sent l’embarras des commissaires quant à la nécessaire présence de documents rappelant les dérives excessives de l’utopie. Retranché dans le fond de la pièce, ne menant même pas à la suite de l’exposition, une partie consacrée au nazisme et au fascisme a quelque chose du non-retour. Il ne faut pourtant pas faire l’économie du court film présenté en guise de final retraçant à grands traits les mouvements des années soixante et soixante-dix : droits des femmes, écologie, droits des homosexuels, Mai 68, etc.

Pour les plus curieux désireux de compléter leur visite, le parcours se trouve ponctué, en trois points, de cabinets de lecture. Celui qui clôt l’exposition permet de voir des entretiens, de lire et de surfer sur le site de la Bibliothèque nationale.