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Rien n’est plus banal que de dire que Saint-Germain-des-Prés n’est plus ce qu’il était, qu’en une dizaine d’années les couturiers et autres marchands de colifichets ne se sont pas privés de dénaturer ce quartier si charmant et bouillonnant de talents en tous genres. Inutile de rappeler ses grandes figures, la liste serait trop longue et nous risquerions de tomber dans un sentimentalisme et un passéisme qui ne concernent pas notre propos.

Heureusement, il arrive qu’en s’écartant de feu Le Divan, de feu le Drugstore Saint-Germain, pour ne citer que les disparitions les plus récentes, à l’occasion d’une musardise dans les rues du quartier latin, l’on tombe en pâmoison devant l’une de ces petites galeries de la rue Jacob ou de la rue de Seine qui ont survécu à ce raz-de-marée. Justement, au carrefour « Jacob-Université », 52, rue Jacob, il en est une qui vaut le détour et qui vous enchante dès le premier coup d’œil; surtout lorsque son directeur vous fait découvrir un talent tout droit venu de Belgique, j’ai nommé Ronald Dupont. Daniel Simon, qui expose donc les toiles de ce peintre singulier à la Galerie Samagra, dit de lui et de son œuvre : « Les toiles de Ronald Dupont sont des sortes d’arrêt sur image de personnages un peu gauches, malhabiles mais profondément humains et attentifs au mouvement du monde. Les corps représentés sont chargés d’une subtilité étonnante. Les têtes, minuscules, semblent ne pas avoir d’importance dans la construction de cette tribu étrange, et pourtant familière. Cependant, elles sont toujours dans l’anticipation du mouvement, elles sont chercheuses de quelque chose que très souvent l’artiste nous ravit.

L’artiste développe déjà une œuvre personnelle et d’une beauté paisible et en même temps intrigante. » Imaginez une alchimie composée d’une touche de Folon, de Magritte et de Tardi. Ajoutez-lui une composition de couleurs qui allie les bleus, les bruns, les rouges, sur fond d’univers poétique et plein d’humanité, dans lequel chaque représentant de la gent masculine symboliserait à lui seul la timidité, la gaucherie, la maladresse, la douceur, la candeur, la rêverie, la révolte… Tous ces petits êtres, qui sont démesurément grands dans l’esprit de leur créateur et dans la représentation qu’il en donne, figurent un ensemble cohérent et une certaine plénitude. Et là est le paradoxe, car il n’est pas choquant de ne voir à aucun moment apparaître la Femme. Elle est suggérée dans toutes les attitudes, tous les froncements de sourcils et dans l’éclat du regard des acteurs de ces grandes compositions picturales. Il est difficile de traduire les intentions de Ronald Dupont et de restituer un univers si personnel, que chacun verra à la lueur du sien. Une peinture offerte au regard de tous et à toutes les interprétations

Manuelle Frédérique

Galerie Samagra 52, rue Jacob, 75006 Paris
Tel : 01 42 86 86 19