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sur 5

La scène peinte se situe dans l’atelier de l’artiste que ce dernier doit quitter. Avec minutie, le peintre a composé son autoportrait, au centre de la toile, le regard fixe, une brosse à la main, et a ajouté juste quelques détails à l’ensemble pour figurer l’atelier (un escabeau, des toiles, un peu d’outillage). Pourtant, l’Adieu à l’atelier (voir photo) se charge d’une dimension mystique et cela par la seule présence de trois jeunes filles, représentation des trois Parques filant la vie de chacun comme certaines peuvent filer la laine, jusqu’au définitif coup de ciseaux que le personnage de gauche s’apprête à donner. L’ensemble de l’exposition ressemble assez à cette œuvre, par ce cadrage si particulier -ici, frontal-, souvent en plan serré, par l’intrusion du fantastique (personnages littéraires, légendaires ou mystiques, fantasmes) dans des situations quotidiennes et des lieux familiers à l’artiste ; ainsi que par la présence de l’autoportrait. Malczewski se met très volontiers en scène, adoptant la figure du Christ, se peignant -et, de ce fait, se travestissant- en costume, en armure de chevalier ou en différents personnages bibliques.

La peinture de Malczewski parle de l’existence humaine et donc beaucoup de la mort à laquelle il donne fréquemment un visage de femme ; il réalise, de même, de nombreux tableaux avec Thanatos pour figure centrale. Ses œuvres semblent provenir des souvenirs de rêves : le fantastique ne paraît pas troubler l’ordre normal des choses à l’intérieur des scènes, il ne produit pas de l’incongruité mais une harmonie énigmatique. Aussi énigmatique est l’harmonie colorée de ces œuvres, dont la palette associe, par petites touches, un rose pâle violacé, un jaune acide et un vert trop vif. Ca irrite un peu l’œil, on ne comprend pas comment cela peut fonctionner ensemble, et pourtant cela fonctionne.
Ainsi, avec cette exposition, le musée d’Orsay poursuit sa série sur les écoles de peinture européennes. Les précédentes avaient été consacrées à l’Allemagne, au Danemark, à l’Angleterre puis à la Suède ; Malczewski est un moyen de découvrir une période florissante de l’art polonais à travers l’œuvre tout à fait singulier de cet artiste.