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Une veuve noire aux ongles si démesurés qu’on croirait les pattes d’une araignée croise une flamboyante rousse tout en rouge, brandissant son fouet, tandis qu’un loulou à rouflaquettes se prend les pieds dans le tapis de sa frime sous le nez d’un ange aux ailes transparentes.
Les seize membres de La Tribu Iota, mise en piste par la chorégraphe Francesca Lattuada, sont aussi beaux qu’incongrus, attractifs en diable, bizarrement bien assortis. Choisie pour réaliser le spectacle de fin d’année de la 12e promotion de l’Ecole supérieure des Arts du Cirque, cette Italienne raffinée, naturellement portée vers l’univers du cabaret et de la piste, a parfaitement réussi son coup : son spectacle est un bonheur esthétique et circassien. Piochant dans son propre folklore pour vêtir les acrobates aux couleurs de son imaginaire (chez Lattuada, la Vierge Marie copine sans complexe avec Lili-la-Tigresse et Robinson Crusoé), elle conjugue l’exotisme précieux d’un rituel décalé avec les prouesses techniques du cirque, le tout soufflé par la musique composite de Jean-Marc Zelwer.

Dans ce spectacle disparate et pourtant harmonieux (tout un art !), la virtuosité franchement épatante des interprètes, au fil, au trapèze, au mât chinois ou à la bascule, leur tempérament de comédiens et même de clowns maintiennent une intensité constante sur la piste. Dans ce contexte vibrant, Francesca Lattuada peut tout oser : la fille en fauteuil roulant, le strip-tease au bord de la déprime, le combat de catch entre filles, les rois mages, la fête foraine et les pétards. On se croirait dans une histoire racontée par une enfant. Sur le fil d’émotions contrastées, La Tribu Iota rend un hommage discret aux artistes de cirque qui osent prendre les plus grands risques pour l’amour de ce qu’on appelle l’art.
Un art qui peut vous envoyer dans le décor, vous précipiter dans les bras d’une acrobate ou d’un monstre poilu à deux têtes qui valse à l’endroit et à l’envers. Tout fait cirque.