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Premier épisode de l’Histoire de France à avoir été photographié, la Commune ne devient pas pour autant sujet de photo-reportages ; on cherche avant tout à mettre en avant la vision dramatique des événements dans des scènes où les ruines semblent des caprices du XVIIIe siècle. Mieux, on reconstitue les épisodes violents en les faisant mimer par des acteurs ; les appareils au long temps de pose peuvent ainsi capter les mouvements arrêtés des comédiens. Le but de tout cela, on s’en doute, n’est pas l’authenticité du témoignage mais la commercialisation. Alors on transforme les tirages en jeux optiques avec des lumières rougeoyantes pour simuler l’incendie de l’Hôtel de Ville ou avec des jeux de lentilles afin de créer du relief -des massacres en trois dimensions, c’est plus impressionnant ! Seules les photographies des cadavres de gardes nationaux ou des communards recherchés rendent à la photographie son rôle de témoin que l’on a longtemps cru impartial. Celles-ci servant en effet à identifier les personnes.

Bruno Braquehais, photographe de studio, se passionne pour ces événements qui soulèvent la capitale. Il réalise des vues de ruines comme il aurait peint un paysage romantique. Là encore, les scènes sont très belles, le noir et blanc, travaillé, la composition montre toute la désolation de Paris mise à feu et à sang. Les photographies de Braquehais, elles, se trouvent exposées au musée de Saint-Denis dans une exposition qui s’ajoute à celle, permanente, déjà consacrée à la Commune.

Autre personnage mis à l’honneur dans une des trois expositions, le peintre Gustave Courbet qui, au faîte de sa carrière avant les événements, sera l’objet de moqueries dans la presse. Les caricaturistes n’épargnent pas, en effet, le peintre si sûr de lui, avant cela. L’exposition, dans une accumulation d’archives, parle de cet homme blessé qui finira sa vie dans l’oubli. Il est curieux de constater à quel point les quelques œuvres présentées se détachent de la Commune pour se porter vers la contemplation de la nature morte et des paysages. Courbet a peu produit durant cette période, trop occupé à vivre les événements qui le mèneront à l’emprisonnement pour avoir participé au déboulonnage de la colonne Vendôme, symbole napoléonien. Malgré des efforts de scénographie, cette exposition manque de rythme, à moins que l’on se passionne pour les lettres manuscrites…