PARTAGER
5
sur 5

Le cadre se veut modeste, élégant. Et pourtant, la Bibliothèque historique de la Ville de Paris reste bien l’une des plus prestigieuses en matière de littérature et de bibliophilie, affectée à l’Institut de France dès 1795. Elle a déjà accueilli Enki Bilal en ses murs deux fois : la première, en 1988, puis en 1992 L’année 2001 lui est à nouveau consacrée.

Passé l’entrée de l’Hôtel Lamoignon et sa librairie, un escalator nous conduit au sous-sol. Le regard perdu dans cette salle immense se porte immédiatement sur des illustrations colorées s’étirant sur les murs tapissés de noir. Voici l’antre d’Enki Bilal : ses objets personnels, ses vidéos, ses peintures et surtout, ses bandes dessinées… Comme aime à le souligner le commissaire de l’exposition, Christian des Bois : « L’objet personnel prend autant de signification que le trait de l’illustration ».
Tout fait sens au regardeur qui prend plaisir à s’égarer d’une scène à l’autre, passant parfois cinq minutes à lire un dessin. C’est tout l’intérêt de la scénographie qu’on a voulu sobre pour mettre les œuvres en valeur. Elle participe formidablement de ce voyage dans l’univers du dessinateur. Les personnages rappellent ceux de Blade runner de Ridley Scott : une société futuriste, des machines quasi humaines, une atmosphère parfois chaotique et des hommes, faits de chair et de sang, luttant pour la survie de leur espèce. Les couleurs sont franches, parfois criardes, donnant vie à des femmes aux cheveux bleus.
Le spectateur déambule dans un monde où les émotions, même contradictoires, demeurent omniprésentes. Il semblerait que chaque pan de mur mette en scène une histoire, avec ses héros et sa propre logique. Finalement, l’œuvre de Bilal est bien plus diversifiée qu’elle n’y paraît, bien moins simpliste aussi. A la manière d’un peintre, il témoigne de sa vision des choses. Les femmes justement, font partie intégrante de ce décor surréaliste. L’auteur leur dédie Un Siècle d’amour, cette œuvre sérielle de 1999, les représentant de face, nues, à demi assises.

En comparaison, l’autre expo consacrée à la bande dessinée dont on entend également beaucoup parler, Les Etats d’art de la bande dessinée, à la Fondation Coprim, n’est qu’une supercherie collective. Bien sûr, les artistes sont célèbres, certains même talentueux : Moebius, par exemple, qui présente des encres noires sur papier blancs, Martin Veyron ou Claire Bretécher. Mais les oeuvres répondent d’une telle autonomie, sont si personnelles les unes par rapport aux autres que l’exposition s’en voit desservie. Bilal, c’est une créativité unique, débordante d’énergie. Ses dessins se lisent et on ne se lassera pas de le faire.