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sur 5

Entrez dans l’univers de Douglas Gordon, ce sera à vous de décider comment : couloir rouge ou couloir gris ? Les deux réservent des œuvres vidéo qui donnent dès le départ des clés pour la suite de l’exposition ; il sera question de la mémoire à travers l’artiste intime et l’image filmée. L’artiste intime, nous le retrouvons juste au bout du couloir avec List of names, œuvre qui recouvre les murs de noms de personnes rencontrées par l’artiste en dix années et que celui-ci juge importantes. Sont ainsi répertoriés des relations professionnelles, des amis, des intimes, la famille, autant de noms qui constituent une vie. Une manière de résumer une existence en mettant en avant l’importance des relations entre personnes et le souvenir qu’elles laissent. Le Douglas Gordon intime poursuit sa route avec cette étrange installation : une baignoire d’eau chaude éclairée par une ampoule nue. De ces deux éléments se dégagent une certaine tristesse, une pesanteur. On sent que l’on touche au plus profond de l’artiste, que ça ne nous est peut-être pas entièrement accessible.

Une importante partie de l’exposition s’oriente vers une réflexion sur le temps et la mémoire collective grâce à un travail à partir de films. A commencer par Dead on arrival de Rudolph Maté, tourné en 1950 que l’artiste projette en trois « versions », côte à côte, dans une cacophonie de dialogues ; la première se déroule avec 23 images par seconde, la deuxième, à vitesse normale, 24 images par seconde, et la troisième, 25 images par seconde. Tout le récit du film, basé sur le compte à rebours d’un homme qui apprend dans la première partie qu’il a été empoisonné et qu’il va mourir, se trouve restructuré par cette triple projection jouant elle aussi sur le temps. Cette installation semble une réponse à la phrase prononcée par le personnage du docteur disant à son patient, vivant : « Vous avez été assassiné », phrase absurde, perturbant une notion fondamentale du temps, vivant/mort. La triple projection de Douglas Gordon bouscule en effet complètement la temporalité du film, perturbe le récit en niant les notions de suspens, de linéarité, de début et de fin. Le spectateur ne peut pas regarder une seule projection, il est lui-même totalement intégré au film, par la disposition de la salle -il n’y a pas une partie pour les spectateurs et une autre pour l’écran, le visiteur passe devant les projecteurs, s’approche ou s’éloigne de l’écran, se trouve pris dans la cacophonie. Autre expérience troublante, 24 Hours psycho, restructuration du chef-d’œuvre de Hitchcock par le simple fait de la dilatation du temps : amener la projection à 24 heures et ainsi brouiller, perturber le souvenir que l’on a du film.
Alors, couloir rouge ou couloir gris, moutons ou brebis, escalier droit ou escalier gauche, quels que soient vos choix, vous aurez déjà fait le bon en allant à cette première rétrospective parisienne de Douglas Gordon.

Renseignez-vous, le M.A.M. de la Ville de Paris prévoit une rencontre avec l’artiste. Date à confirmer