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4
sur 5

Non content d’être un hymne remarquablement mené à la gloire du turntabilism, ce Built from scratch est également un album de hip-hop dans les règles de l’art, qui voit se succéder derrière le micro, en vrac et sans aucun ordre, Big Pun, Inspectah Deck, Pharaoh Monch, Mad Skillz Everlast, les métalleux-douteux de Linkin Park (si, si !), Tina Weymouth du Tom Tom Club, Xzibit, Kool G Rap et le furieux beatboxer Kenny Muhammad. Le tout est bien évidemment pimenté de quelques producteurs de renom mais qui, à l’instar de Large Professor, Dj Premier ou Dan Nakamura, ont su rester discrets, puisque la composition est ici quasi-exclusivement dévolue aux Djs et n’utilise que peu de samples. On mentionnera pour compléter l’affiche la présence du collectif Triple Threat, réunion des Dj Apollo, Shortkut (Invisibl Skratch Picklz) et Vinroc (Arsonists, Jurassic 5).

D’entrée, la sombre pochette donne une idée de ce qui se trame au fond des sillons de l’alléchante galette, puisqu’elle singe au détail près le Yo! Bum, rush the show de Public Enemy. Cependant, les X n’étant que 4, posent à leurs côtés les pionniers Kool Herc, papa du rap, Grand Wizard Theodore, entre les doigts duquel jaillirent les premiers scratch, et Grandmaster DST, qui secouait le monde entier en 1983, en posant ses scratch au sein du groupe de Bill Laswell derrières les notes électroniques du Rock it d’Herbie Hancock.

Dans la lignée de ces références culturelles en forme de citations pures et simples, Built from scratch se pose sur nos platines comme un hymne au hip-hop, poursuivant un parcours savant qui ressuscite, triture et torture les beats de Public Enemy ou de Marley Marl, fait remonter à la surface quelques paroles de Mobb Deep, rejoue le mythique Genius of love de Tom Tom Club et secoue le tout de beat-juggling, de scratch phénoménaux et autres techniques de barbares.

Human sampler. Outre les fusillades de scratch qui déchirent en tous sens riddims et gimmicks du passé, on reste pantois devant l’aisance de ces Djs à découper et à manipuler des grosses caisses et des caisses claires (beat-juggling), pour construire de nouveaux rythmes et créer des compositions originales, tout en conservant ces sons qui nous sont familiers, comme n’importe quel producteur le ferait avec un sampler, l’énergie du live en plus. Et c’est cette énergie du live qui permet à nos scratcheurs fous de ne jamais laisser tomber deux fois de suite la même mesure, comme c’est le cas sur A Journey into sound, qui, samplant l’adage ô combien célèbre du Paid in full d’Eric B. & Rakim, y ajoute trois petits sons de cloche que les Djs ont tôt fait de transformer en mélodies. Sans tomber dans la démonstration technique, à l’exception de quelques phases rageuses qui durent un peu, Roc Raida, Eclipse, Rob Swift et Sinista évitent l’étiquette « album de Dj » pour livrer une composition éclectique et bien menée qui ne décevra ni les amateurs de turntabilistism frénétique, ni les oreilles avides d’un hip-hop ample et gras.

« It’s the original essence of hip-hop. Two turntables and a microphone », conclut Swift. Sauf qu’il y a ici six platines et une bonne dizaine de micros (plus les guitares saturées de Linkin Park…) !