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2
sur 5

Si ce nouvel album de Wynton Marsalis est un événement, c’est d’abord et surtout parce qu’il marque son passage avec armes et bagages sous l’étiquette Blue Note, après deux décennies à faire les beaux jours de Columbia. Pour ce qui est de la musique, on ne gardera sans doute pas un grand souvenir de cette Magic hour (l’heure qui précède le coucher pour les enfants, celle qui suit pour les parents, affirme-t-il avec humour pour expliquer ce titre) fainéante et lourdement didactique, dont le manque de relief et d’envergure tranche avec les titanesques projets auxquels il avait habitué les jazzfans (son dernier album, Marciac suite, en 1999, mobilisait rien moins qu’un big band, un chœur gospel et un orchestre symphonique, soit deux cents personnes au bas mot) : « J’ai voulu réitérer mon amour original pour le jazz dans une formule en quartet ». Résultat : une petite heure de musique ronronnante et propre sur elle, dans laquelle le trompettiste s’avère mystérieusement incapable de catalyser sa jeune rythmique (Ali Jackson à la batterie, qu’il découvrit lors d’une master-class ; Eric Lewis, piano ; Carlos Henriquez, basse), à moins qu’il n’ait justement délibérément limité ses élans.

Les huit compositions se veulent le reflet des « quatre attitudes basiques du jazz », explique le professeur Marsalis : « swing en 4/4, rythme afro-hispanique, blues, ballade ». Alternent ainsi des pièces sympathiques et sans aspérités, raisonnablement swingantes pour certaines, consciencieusement bluesy pour d’autres, où domine l’impeccable trompette du leader ; on évite le sommeil de justesse grâce aux invités, Dianne Reeves et Bobby McFerrin (dans un Baby, I love you plutôt surprenant). Immense et charismatique musicien, le mieux habillé des membres de la famille Marsalis a déchaîné la polémique avec ses déclarations tonitruantes sur l’essence du jazz, son état de santé, ce qui en est et ce qui n’en est pas, ce qu’il faut jouer pour mériter ses galons de jazzman labellisé. Outre qu’elles contribuent à alimenter et attiser un profitable et passionnant débat entre critiques, musiciens et historiens, ces leçons un brin sentencieuses ne l’ont jamais empêché d’être un musicien hors du commun. On dirait hélas que son souci de ne plus poser un talon hors de l’étroit couloir du mainstream l’a conduit à dépouiller sa musique de tous ses attributs, fougue comprise. Magic hour laisse au final le sentiment d’une rédaction trop bien écrite, à laquelle on préférera toujours un devoir brouillon mais passionné.