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3
sur 5

Un album à redécouvrir. Willy N’for, son auteur, bassiste et Camerounais, est mort le 11 février dernier des suites d’un cancer dans un hôpital de la région parisienne. Il avait 42 ans et il faisait partie de ces êtres particuliers que l’on aime, non pas parce qu’ils font partie de notre famille proche ou parce qu’ils font partie de nos amis déclarés, mais plutôt parce qu’ils ont du talent… et qu’ils en font profiter tout le monde. C’était un as de la basse, qui avait du doigté et qui savait accompagner les plus grands, en attendant son heure de gloire.

Parti du Cameroun natal en 1975 pour tenter sa chance au Nigeria, engagé à la suite de cette première aventure dans un orchestre militaire d’Onitsha (une ville de l’ex-Biafra), il a très vite su où se trouvait son destin. Il fallait qu’il joue pour les foules et non pour des officiers en mal de plaisirs. Il se tire donc assez vite de là, passe par Port Harcourt, dans le delta du Niger, où il monte les Mighty Flames, son premier groupe à succès, avec des copains. Et finit en 81 par succomber au charme de Lagos la bouffeuse, capitale tentaculaire du Nigeria où il met son talent au service d’Okosuns, le patron de la maison de disques EMI dans la région. Séances de studio, tournées d’enfer… Leur collaboration dure à peu près deux ans, le mène jusqu’à New-York et provoque en lui une envie d’arpenter à nouveau les routes. Une envie d’aller voir ailleurs comment ça se passe… En 83, des Français viennent tourner un film à Lagos sur la rencontre entre des musiciens européens et africains. Willy y joue son rôle de chanteur-compositeur-bassiste. De cette expérience va naître son nouveau groupe : le Ghetto Blaster, avec une tournée française à la clé. Dans les cinq années qui suivront, un album et un maxi 45 tours seront enregistrés.
Et entre la fin des années 80 et le début des années 90, Willy va être consacré comme étant l’un des meilleurs bassistes africains sur la place de Paris. Il va accompagner des stars de renommée internationale (Dibango, Khaled, Mory Kanté, Charlélie Couture…). Il va aussi partir en tournée avec Ringo Starr et la déesse zaïroise Mbilia Bel sur toute l’Afrique orientale et australe, jusque dans l’Océan Indien. Il en reviendra émerveillé et inspiré. Pour lui, il n’y a aucun doute, les musiques du Cameroun viennent de là. De ses pays qui viennent de le ressourcer de manière tellement efficace qu’il ne pense plus qu’à une chose : se remettre au travail et composer à nouveau. Il nous pond alors son premier album solo. Le titre, Maisha, signifie la « vie » en langue swahili. Un condensé d’avant-gardisme qui sort en 1994, et à travers lequel l’instrumentation traditionnelle salue les lignes de basse de Willy, avec un souffle issu tout droit des chants d’Afrique australe, sous l’influence de l’afro-beat et des sons nouvellement renaissants de la vague world music.

Avec cet album, à vrai dire, c’était un nouveau genre d’artiste qui pointait son nez et qui attendait son heure pour confirmer ce qu’il avait semé sur son parcours. Malheureusement, et c’est le cas de le dire, la mort l’a fauché avant l’heure… Il en était à la préparation de son deuxième album. Celui qui, théoriquement, devait confirmer les espoirs placés en Willy N’for lors de la sortie du premier opus. Que Dieu veille sur son âme dans le paradis rêvé des mélomanes avertis. Amen.