PARTAGER
4
sur 5

Le nouvel album de Wilco est probablement un chef-d’oeuvre. Même si, depuis Summerteeth, on sait qu’il faut laisser mariner cette assemblée américaine d’exception quelques temps avant de se prononcer vraiment. Le fait est que lors de la sortie de Summerteeth, nous le trouvions décevant. Au bout de six mois, il a bien fallu changé d’avis (et battre notre coulpe par la même occasion). Produit en collaboration avec Jim O’Rourke (Wilco lui rendant l’ascenseur en participant aux morceau les plus rock d’Insignificance), Yankee foxtrot hotel semble déjà porté par une vague de critiques quasiment unanimes qui, ironie du sort, pourrait enfin valoir à ce groupe vital un accès public dépassant le cercle des initiés.

Au départ il y avait Uncle Tupelo (dont une Anthologie 89/93 vient de sortir chez Legacy/Columbia), groupe historique qui eut l’idée géniale de réconcilier The Replacements et Hüsker Dü avec Hank Williams et Gram Parsons, pour faire court. Emblème, malgré eux, du mouvement « alt-country « (un de leurs albums s’intitulait No depression, le fanzine du même nom s’en inspira), mais déjà en dehors de ses chapelles, Uncle Tupelo s’est désagrégé après l’excellent Anodyne pour laisser champ libre à l’inspiration de ses deux meneurs : Jay Farrar qui s’illustre depuis sous le nom de Son Volt et Jeff Tweedy qui a pris sur son ancien collègue une sacrée longueur d’avance en publiant en 1996 le fabuleux Being there, second album de Wilco. Un véritable trésor caché dans une mine à ciel ouvert faisant la synthèse de notre attachement viscéral à la grande musique américaine, des Louvin Brothers à Big Star.

Yankee foxtrot hotel valut quant à lui l’honneur à Jeff Tweedy et ses camarades de se faire virer par Reprise/Warner pour cause de créneau « difficile », de commercialisation « pas évidente » et autres foutaises. Il est vrai qu’en s’éloignant, dans la forme seulement, des grands dogmes de l’americana, Wilco signe à ce jour son disque le moins évident, tout comme Radiohead surprit bien des directeurs marketings ineptes à l’époque d’Ok computer. A écouter attentivement donc, et en boucle.