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4
sur 5

Ca va faire bientôt sept ans que V/VM et leur label V/VM Test Records secouent la conscience politique de l’electronica britannique. Initialement un duo composé de Jim Kirby et Andy McGregor, alias Jansky Noise (ce dernier a depuis rejoint le tout aussi radical DJ Speedranch pour des performances noise baroques et hilarantes), l’entité V/VM a été conçue comme une unité d’assaut contre la mainstreamisation et le laisser-aller de toutes les couches de la musique actuelle, des insipides « chart-runners » (de Craig David à Lionel Ritchie, ceux qui caracolent en têtes des hit-parades et font tout pour y arriver) jusqu’aux factices underground, pour leurs écarts éthiques, politiques ou artistiques (la dernière victime notable en date est Aphex Twin, auquel ont été consacrés deux-mini cds justement titrés Helpaphextwin). De compilations de Noël apocalyptiques en disques-concept complètement crétins (Green Door était par exemple le faux récit de l’enlèvement par V/VM de la star britannique has-been Shakin’ Stevens), tout est bon pour massacrer le dernier hit en date dans la plus grande impunité. Ces enfants de John Oswald (célèbre inventeur des « plunderphonics », genre qui défie les lois sur le copyright) et petits cousins de Negativland, People Like Us ou Stock Hausen & Walkman ne respectent rien ni personne et lancent des appels incessants pour nous réveiller de notre torpeur.

Pour ce nouvel opus, V/VM nous encourage donc à détester, non pas la terre entière, mais plutôt ceux qui le méritent. V/VM s’explique : « L’industrie musicale a de moins en moins d’attitude. Les magazines musicaux obsédés par l’argent ont trop peur d’exprimer des vraies opinions. Comment peut on critiquer objectivement un produit dont la pub est faite dans le même magazine ? (…) Les mêmes noms connus ne cessent de devenir plus gros, les mêmes vieux labels n’en finissent pas de grossir… (…) et pourtant quelques labels plus petits continuent à agir à contre-courant, en sortant ce qu’ils veulent sortir, en se moquant des copyrights et en créant de nouveaux réseaux et modes d’opération.(…) « Hate you » » est la célébration de la haine contre une scène/industrie de plus en plus insipide et qui manque de plus en plus d’attitude ».

Hate you est donc une compilation où artistes réels et pseudonymes (V/VM se cache probablement derrière Billy Ray Cyryx, Ray Parker SR ou Mainpal Inv, on reconnaît sans peine l’américain Kid 606 derrière Skkatter) se mélangent dans une joyeuse confusion. Le résultat est un bordel jouissif mêlant noise, collages de muzak saturés et charcutage respectueux (malgré le merveilleux titre Madonna is a filthy slut, le remix de Music par Skkatter est un remix presque industriellement correct). Palme des palmes à V/VM eux-mêmes pour le final Hate you (« full length »), soit dix-sept minutes de boucan autour de la fin d’Hey Jude des Beatles. Musicalement très limité et exploitant un sens de l’humour post-moderne volontairement naïf, Hate you est toutefois un objet nécessaire, rien que pour son positionnement initial. Devant notre abandon désabusé et presque cynique face aux récupérations systématiques qui vampirisent l’art et la création dans toutes ses formes, la haine est le dernier rempart…