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3
sur 5

Angela Gheorghiu (Violetta), Franck Lopardo (Alfredo), Leo Nucci (Germont). Orchestra & chorus of the Royal Opera House, Covent Garden, sir Georg Solti. Extraits.

C’est pour elle, et seulement pour elle, Gheorghiu, qu’il faudra entendre -et avant ses représentations parisiennes-, les extraits de cette Traviata dont la photo de couverture, d’ailleurs, ne nous dit pas autre chose : les noms des partenaires ont été pudiquement relégués au dos du disque, c’est à peine si l’on ose mentionner celui de feu sir Georg (voir la différence avec l’intégrale…).

Tout est donc dit. Quarante ans après Callas, trente ans après Scotto, la jeune Roumaine s’approprie, lors de ces sessions londoniennes (décembre 94), le personnage de Violetta, qui reste à ce jour, avec Liù et Mimi, l’une de ses plus bouleversantes incarnations. Le rôle, on le sait, sollicite tous les registres du soprano, du coloratura au dramatique : « Ange » les possède tous, aigus lancés à la manière de l’illustre Grecque, graves superbes, et un style, un timbre et un engagement incompables. Gheorghiu est Violetta, vocalement et physiquement, vivement Bastille (sinon, voyez la vidéo de ce live à Covent Garden) !

Le reste… est silence ? Hélas non, mais on souhaite à la Gheorghiu meilleur entourage à Paris qu’à Londres. Lopardo, ici, mérite bien son nom : on cherche désespérément quelque chose à quoi se raccrocher, mais rien, définitivement rien. Balourd, impersonnel… la belle Roumaine mérite amant plus empressé ! Tel fils, tel père : on a connu Nucci plus inspiré, allez donc écouter ailleurs ce que la jeune garde des barytons fait de Germont (Coni chez Muti, et le magnifique Hvorostovsky chez Mehta). Quand on vous aura dit que la phtisie semble avoir plutôt touché les chœurs que l’héroïne, et que Solti -pour sa première et ultime Traviata– semble comme absent du pupitre, en tout cas étonnament routinier et plombant une partition qu’on aime décapée, dégraissée de toutes ses impuretés, vous aurez définitivement compris qu’il n’y en a qu’une… Rien que pour vos yeux, Angela « Violetta » Gheorghiu, et en attendant nouvelle intégrale, avec votre Bob de mari, par exemple ?…