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3
sur 5

Nouveau chapitre des compilations Word lab. Depuis trois ans maintenant, le label anglais Wordplay, dirigé par Source, s’efforce de lancer ou relancer des hip-hoppeurs made in UK. Certains ont depuis réussi à sortir quelques travaux qui sortent de la mêlée, comme The Unknown de Mark B. & Blade. L’écurie Wordplay sait d’ailleurs très bien s’occuper de ses poulains préférés, puisque Mark B & Blade ont pu sortir non seulement The Unknown Instrumental Album, mais aussi quatre maxis robustes : Split personnalities, Building a rep, The Unknown single, Ya don’t see. Placés en avant un peu partout (comme sur ce Word lab 2 où ils apparaissent comme un des gros atouts de ce disque), ils constituent LA grosse réussite de la maison.

Il est vrai qu’une des meilleures charges de la compil’ est leur Ya don’t see the signs, remixé par les très prometteurs Phi life Cypher. On pourrait chicaner sur le fait que Wordlab en rajoute une couche de trop avec Mark B. Mais le titre est vraiment remodelé. Le refrain est « chanté » par les Phi life, qui sortent leur flow diligent en faisant fi du beat, retombant sur la mesure de temps à autre. Avec leurs lyrics off and on, Si philli et Life établissent déjà les codes de leurs prochains opus (on avait déjà déceler quelques bombes sur leur premier album Millenium metaphors), qui pourraient sortir sur Wordplay… Word lab 2 nous propose aussi une bonne version du titre I can’t hear you de Ty feat. Shortee blitz. Ty, au bout d’une dizaine d’années d’activisme hip-hop (l’homme -qui s’occupa un temps des soirées londoniennes Lyricist Lounge- nous a dernièrement livré un très sympathique Awkward sur Big Dada) donne toujours de très sensibles poetry jam. Signalons que le duo Ty & Shortee Blitz a récemment signé pour un album sur le label de Mase (un des trois De La Soul) : Bear Mountain.

Les compils Wordlab servent de très bons tremplins pour les artistes qui y participent. A juste titre, on avait déjà été surpris par la vigueur de Mark B & Blade (le Don’t see the signs Wordlab vol.1), en avisant dans Chronic’art que des gars comme eux ne pouvaient qu’exploser. Ici, ce sont des mc’s comme Ricochet Klashnekoof qui retiennent notre attention. Sur Dago mentality, il défonce tout sur son passage et bénéficie d’un instru entraînant, qui lui sert de colonne-rapière. Ricochet donne dans le brut, avec un beat qui rappelle le meilleur d’Hijack, un des meilleurs groupes anglais des années d’or du hip-hop outre-Manche. Juste ensuite, Dj Plus one et Killa kela pulsent leurs rythmiques hachées qui lorgnent vers la drum. Ils jouent avec les voice-samples (notamment les voix de Mc Lyte et Krs One) et les scratches avec une prestesse singulière. Quant à la blanchette Scorsayzee, il titube au top avec son We don’t care nerveux, dont la simplicité s’avère au bout du compte tout aussi aguichante (on surveillera les prods Out da ville recordings) que Taskforce et leur raffiné It’s us we’re back (un petit tube groove en puissance). Alléchantes également, les métaphores de Extremist and skeme, qui donne dans le hip-hop cockney-raggamuffin (style magnifié en son temps par les London Posse, dont le dernier Gangster chronicle nous a foutu un gros coup de cafard) avec Fire blaze.

Un disque efficace, qui ne plaira peut-être pas à tous les fans de hip-hop (surtout ceux qui ne supportent pas le cockney). Mais on conseille tout de même une bonne dose de Wordplay, cette structure qui s’efforce de faire renaître de ses cendres le rap anglais. Les british hip-hoppeurs sont en forme. Demandez donc au posse de Styly cee, Karizma et Midnyte.