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4
sur 5

Les bandes originales de film ont été avec les skits, ces petits interludes « comiques » entre les morceaux d’un album, la plaie du hip-hop des années 1990. Pour un album passable, combien de LPs aux contributions prestigieuses ne s’avéraient en réalité que douteuse compilation de mauvais morceaux dont les artistes n’avaient même pas voulu pour leurs faces B de maxis ? On avait donc renoncé à s’intéresser à ces tristes objets, révélateurs du mercantilisme suicidaire d’un hip-hop US devenu une effrayante machine à cracher des dead presidents.

L’annonce de la BOF d’un remake de Car wash, classique camp de la blaxploitation finissante avec Antonio « Huggy les bons tuyaux » Fargas, produits tous deux par Dr. Dre (film et LP), n’avait donc a priori rien pour nous exciter. Au contraire : on se souvient du pauvre morceau des « NWA » reformés, starring Snoop Dogg en lieu et place d’Eazy-E, censé booster la BOF du Friday 2 produit par Ice Cube, et que l’on préfère ne pas ajouter à la discographie modeste mais impeccable du groupe-le-plus-dangereux-d’Amérique.

Sauf que, après écoute, on est tenté de ranger ce disque aux côtés des BOF séminales des Above the rim et Murder was the case de la grande époque Death Row plutôt que là où va habituellement ce genre de productions (à la poubelle). Certes, l’album ne contient pas de titres à la hauteur de Afro puffs de The Lady of Rage (qu’on trouvait sur le premier) ou du Natural born killaz de Dre & Cube (qu’on trouvait sur le second), mais la sélection est plus que solide et l’album tient très honorablement la comparaison avec les LPs récemment sortis sous le label de Dre (Snoop Dogg et Xzibit).

Les cinq titres produits par Dr. Dre lui même sont tous bien dans la ligne claire qu’il a adoptée depuis son retour au premier plan à la faveur de l’explosion Eminem. Basses bondissantes, boucles synthétiques, les pistons du moteur se soulèvent selon un rythme bien huilé, et la Chevrolet 64 low-rider de Dre atteint rapidement sa vitesse de croisière, empruntant tantôt le chemin de la G-Funk era 1992-1996 (Bad intentions, sa flûte et ses choeurs, The Wash, ses soupirs et ses bulles Yellow submarine dans un verre d’eau) et tantôt les autoroutes électroniques du « nouveau Dre » de The Chronic 2001 (On the blvd. avec Snoop, l’excellent Holla avec le transfuge Eastcoast Busta Rhymes).

Les autres ne s’en sortent pas trop mal : Bilal nous joue un inédit tombé du Sign’O’the times du Nain Pourpre ; Timbaland produit pour Bubba Sparxxx (le « nouvel Eminem », comme on dit dans le journal) une tranche de rap rural avec meuglements et hennissements qui débute sur un riff de guitare rappelant Coeur de Loup de Philippe Lafontaine (le morceau est bon) ; les D12 d’Eminem (bientôt « ancien Bubba Sparxxx »), en Ramones réincarnés dans le corps des Geto Boys, ne dévient pas de la ligne de stupidité maximale qu’ils se sont tracée, donnant un titre idiot, mais tout juste potable (à la différence des Ramones, idiots mais toujours bons). Par contre, le « titre » fourni par Xzibit, dans lequel il se prend pour Ligthnin’Rod et les Last Poets dans le Hustler’s convention LP, est franchement indigne, et on espère que son succès récent ne l’a pas durablement asséché façon Nas.

Quant aux inévitables titres R&B (les filles sont censées acheter ce disque également), le bilan est plutôt avantageux, ce qui est déjà en soi un événement : pour un pénible Benefit of the doubt de Truth Hurts (feat. Shaunta produit par Mel-Man), on trouve un Good lovin’ de Shaunta, production Hi-Tek impressionnante de minimalisme, ou un discret mais agréable Everytime, de Toi (production Soopafly). Enfin, comme toutes les productions récentes de Dre, l’album se révèle véritablement au fur et à mesure des écoutes. Chaudement recommandé, donc.